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24/05/2012 10:40 EDT | Actualisé 24/07/2012 05:12 EDT

Les chômeurs devront accepter des emplois moins bien payés

OTTAWA - Les Canadiens qui perdent leur emploi ne pourront pas faire la fine bouche lorsqu'il sera le temps d'en trouver un nouveau: ils seront désormais forcés d'accepter des postes moins payants.

Dans certains cas, il seront contraints de se résigner à des emplois dont le salaire ne correspond qu'à 70 pour cent du montant qu'ils touchaient dans leur ancien poste.

Le gouvernement conservateur a précisé jeudi les changements qu'il a l'intention d'apporter à l'assurance-emploi, une initiative annoncée dans le budget fédéral en mars mais dont aucun détail n'avait encore été révélé.

Plus d'éclaircissements ont été fournis sur la définition d'un emploi «convenable» qu'un chômeur sera obligé d'accepter, à défaut de quoi il se verra couper sa prestation d'assurance-emploi.

«Ces changements ne visent pas à forcer les gens à accepter un travail loin de chez-eux ou à assumer un poste qui ne leur convient pas», a voulu rassurer la ministre des Ressources humaines, Diane Finley, en dévoilant son plan. L'objectif est cependant de retirer les «barrières artificielles» qui découragent les gens à réintégrer le marché du travail, a-t-elle soutenu.

Dans les faits, le gouvernement sépare les chômeurs en trois catégories: les travailleurs de longue date qui n'ont eu que très rarement recours au programme d'assurance-emploi, les prestataires occasionnels et les prestataires fréquents, comme les travailleurs saisonniers.

Dans le cas des prestataires fréquents, ils devront accepter dès leur mise à pied tout nouvel emploi dit «similaire» correspondant à 80 pour cent de leur salaire horaire précédent. Après six semaines de recherche d'emploi, ils devront se contenter d'un emploi «pour lequel ils sont qualifiés» à 70 pour cent de leur ancien salaire.

Le nouveau système sera plus généreux pour les chômeurs occasionnels et les travailleurs de longue date, mais ils devront malgré tout eux aussi accepter des baisses de salaire variant de 10 à 30 pour cent.

Pour être également considéré convenable, le lieu du nouvel emploi devra notamment se trouver à moins d'une heure de voyagement de la maison du travailleur, sauf pour certaines régions, comme les grandes villes du pays, ou le temps de transport est normalement plus long.

Critiques

«C'est une déclaration de guerre aux travailleurs saisonniers, qui sont surtout au Québec et en Atlantique», a déploré le porte-parole du Conseil national des chômeurs, Pierre Céré.

Au Bloc québécois, on fait valoir que les conservateurs oublient que le travail saisonnier permet aux régions de se développer économiquement. «On traite les chômeurs comme des récidivistes», a affirmé le député bloquiste Jean-François Fortin.

«Le gouvernement devrait faciliter, pas "forcer" les gens à trouver un emploi», a tranché l'opposition officielle par la voix de sa porte-parole en matière de finances, Peggy Nash.

Pour la députée néo-démocrate, le gouvernement de Stephen Harper se sert des gens qui ont perdu leur emploi comme de boucs émissaires, en envoyant le message qu'ils sont paresseux et qu'ils ne veulent pas travailler.

Ces changements concentrent également trop de pouvoir entre les mains de la ministre, a soutenu Mme Nash.

C'est que jusqu'à présent, la définition d'emploi convenable était écrite dans la Loi sur l'assurance-emploi. La loi qualifiait notamment d'emploi non convenable les postes aux salaires plus bas et aux conditions moins avantageuses.

Dans sa loi C-38 de mise en oeuvre du budget, le gouvernement conservateur biffe toutes ces sections, pour les remplacer par une réglementation, qui elle, ne fait pas l'objet d'un vote aux Communes. Selon Mme Nash, la ministre pourra changer cette réglementation comme bon lui semble.

M. Céré croit par ailleurs que la réforme créera à moyen terme une pression à la baisse sur les salaires, les employeurs profitant de l'obligation des chômeurs d'accepter un salaire plus faible pour couper leur chèque de paie.

Ce n'est cependant pas ce que croient les hauts-fonctionnaires invités à expliquer la réglementation qui devrait entrer en vigueur au début de 2013. Ils ont assuré que le gouvernement n'anticipait pas une baisse des salaires moyens. Selon eux, moins d'un pour cent des prestataires actuels se verront couper leur chèque d'assurance-emploi selon les nouvelles règles.

Le Conseil du patronat du Québec a quant à lui applaudi l'initiative de la ministre Finley qui permettra «un meilleur pont entre les employeurs et les travailleurs en recherche d’emploi», selon l'organisme.

Autre mesures

La réforme en matière d'assurance-emploi comprend également un volet visant à «jumeler» les travailleurs avec les emplois disponibles. Un système d'alerte d'emplois personnalisé sera envoyé deux fois par jour dans la boîte courriel des chômeurs.

Le gouvernement veut également s'assurer que les employeurs aient recours aux services des Canadiens sans emploi avant de s'adresser au travailleurs étrangers temporaires.

Selon les fonctionnaires du ministère, les changements présentés sont basés sur les «meilleures pratiques internationales», mais ils admettent ne pas avoir tenu en amont de consultations auprès des communautés pour connaître leur avis sur la question.