NOUVELLES
24/05/2012 07:19 EDT | Actualisé 24/07/2012 05:12 EDT

Égypte: un Frère musulman et un vétéran de l'ère Moubarak au deuxième tour

LE CAIRE, Égypte - Les résultats préliminaires du premier tour de l'élection présidentielle en Égypte indiquent que le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, et l'ancien premier ministre Ahmed Shafiq ont remporté les deux premières places en vue du second tour du mois prochain.

Les résultats préliminaires en provenance des 27 provinces du pays compilés vendredi indiquent que l'écart entre les deux candidats est très serré. M. Morsi obtiendrait 25 pour cent des voix, contre 24 pour cent pour M. Shafiq, un proche de l'ancien président Hosni Moubarak.

D'après la commission électorale, la participation au premier tour a été d'environ 50 pour cent des quelque 50 millions d'Égyptiens appelés aux urnes.

Mohammed Morsi et Ahmed Shafiq sont les candidats qui divisent le plus les Égyptiens et ils sont tous les deux détestés par différentes franges de la population. Un affrontement entre ces deux candidats au deuxième tour serait un scénario explosif qui, ironiquement, recréerait le modèle des trois dernières décennies, quand les Frères musulmans étaient les seuls opposants à Hosni Moubarak.

Les Frères musulmans, qui dominent déjà le Parlement, ont promis d'appliquer la loi islamique en Égypte, alarmant les musulmans modérés, les militants laïques et la minorité chrétienne, qui craignent des restrictions à leurs droits.

La première place obtenue par M. Morsi est le résultat de la capacité des Frères musulmans à mobiliser leur base fidèle. Mais M. Morsi a récolté moins de la moitié des votes obtenus par la confrérie aux élections législatives de l'an dernier, signe du désenchantement des électeurs.

Le score obtenu par Ahmed Shafiq aurait été inconcevable il y un an, dans la foulée du soulèvement populaire qui a mené à la chute du régime. Il a été le dernier premier ministre du président Hosni Moubarak et a lui-même été forcé à la démission par les manifestants quelques semaines après le départ du président.

Ancien commandant de l'armée de l'air et ami personnel de Moubarak, il a ouvertement fait campagne en tant que candidat «antirévolution», en critiquant les manifestants. Il est toujours honni par ceux qui pensent qu'il ne fera que maintenir l'ancien système autocratique que la révolte populaire voulait renverser. Lors de plusieurs apparitions publiques, il était attendu par des manifestants qui lui ont lancé des chaussures.

Sa popularité illustre les déceptions de la révolution vécues par de nombreux Égyptiens. Les 15 derniers mois ont été marqués par un chaos continu, une économie déclinante, une dégradation des services publics, une hausse de la criminalité et des manifestations persistantes qui ont souvent tourné à l'émeute. Plusieurs Égyptiens ne souhaitent désormais que le retour de la stabilité.

Un député des Frères musulmans, Mohammed el-Beltagy, a affirmé que le score obtenu par M. Shafiq était un «choc» qui «reflète la capacité de l'ancien régime à se reproduire lui-même» par ses anciennes méthodes.

«Cela représente une menace totale pour la révolution et la nation. M. Shafiq représente l'État pré-révolutionnaire d'avant le 25 janvier 2011», a-t-il affirmé, en référence à la date du début du soulèvement contre Moubarak.

L'analyste politique Bashir Abdel-Fatah pense quant à lui que les Égyptiens ne veulent pas d'un président islamiste. «Ils voteront pour n'importe qui sauf un islamiste», a-t-il estimé.

Selon lui, les résultats préliminaires, qui montrent une baisse de la popularité des Frères musulmans depuis les élections législatives, s'expliquent par le renversement de leurs propositions politiques, leur mauvaise performance et certains de leurs gestes que les citoyens ont interprétés comme une «soif de pouvoir».

«Les citoyens sentent que les Frères ne sont pas vraiment porteurs d'un message, mais qu'ils veulent s'approprier le pouvoir», a analysé M. Abdel-Fatah.