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24/05/2012 02:36 EDT | Actualisé 24/07/2012 05:12 EDT

Gérald Tremblay remet son premier prix en démocratie dans un contexte paradoxal

MONTRÉAL - L'hôtel de ville de Montréal s'est transformé en théâtre de l'absurde, jeudi, alors que le maire Gérald Tremblay a remis son premier prix en démocratie à deux organismes qui ont dénoncé son règlement sur le port du masque tout en acceptant le prix en question.

La porte-parole du Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal, Christine Drolet, a fait part de son «malaise» en recevant le prix.

«Nous trouvons paradoxal que le maire de Montréal puisse d'une main offrir un prix à la démocratie et de l'autre empêcher celle-ci de s'exprimer par les modifications au règlement sur la prévention des troubles de la paix de la sécurité et de l'ordre public. Aujourd'hui, nous mettons en pratique ce que nous prônons auprès des femmes et dénonçons publiquement ce règlement qui contribue à envenimer la situation», a-t-elle déclaré, déclenchant les applaudissements de l'auditoire.

De son côté, la porte-parole du Groupe de travail en agriculture urbaine, Marie-Ève Julien-Denis, a aussi été applaudie lorsqu'elle a lancé l'invitation suivante au maire Tremblay: «Dans le contexte actuel, où les citoyens et citoyennes de Montréal choisissent massivement et courageusement de faire usage du droit de manifester, nous nous attendons également qu'en vertu du rôle de gardien de la démocratie que ces citoyens vous ont accordé, que non seulement vous respectiez ce droit mais que vous le protégiez.»

Le président du Chantier sur la démocratie, Dimitri Roussopoulos, a pour sa part fait valoir que la capitale grecque, Athènes, avait été le théâtre de violentes manifestations et d'émeutes impliquant des gens masqués et que la paix sociale y était revenue après une élection.

«L'assemblée nationale de la Grèce n'a pas adopté une loi d'urgence dans le genre de la loi 78. Et la ville d'Athènes n'a pas adopté un règlement contre les masques», a-t-il laissé tomber sous un tonnerre d'applaudissements.

Lors des audiences publiques précédant son adoption, M. Roussopoulos s'était prononcé contre le règlement sur l'obligation de fournir un itinéraire et l'interdiction de porter le masque.

Le maire Tremblay, qui avait été le premier à prendre la parole pour vanter la démocratie montréalaise, est demeuré stoïque tout au long de ces allocutions.

«La démocratie c'est la liberté d'expression et on l'a vue à son meilleur tout à l'heure», a indiqué le maire en point de presse par la suite.

Il a cependant défendu son règlement sur les masques et l'itinéraire obligatoire, faisant valoir que la paix sociale devait revenir à Montréal dans les plus brefs délais. Il a répété que le règlement ne visait qu'à donner les outils nécessaires pour permettre aux policiers de rétablir l'ordre avant que quelqu'un ne soit tué en marge de ces manifestations.

Il a vigoureusement dénoncé le fait que Montréal soit pris en otage par un conflit qui ne concerne pas la ville.

«C'est un conflit entre des étudiants et le gouvernement du Québec. Là, on est en train d'affecter la métropole du Québec. Il me semble qu'il y a quelqu'un qui devrait commencer à se réveiller et dire: 'est-ce que c'est ça qu'on veut?'»

«L'ensemble de la société est 'tanné' et je suis certain que c'est la même chose pour les étudiants. Les gens sont tannés. Ils veulent un règlement de conflit le plus rapidement possible», s'est emporté le maire.

La chef de l'opposition, Louise Harel, a pour sa part qualifié d'excessif le nombre de 518 arrestations et s'est dite d'avis que le maire aurait dû reporter l'octroi de ses prix en démocratie non seulement dans le contexte de perturbation sociale actuel mais aussi à la suite de l'arrestation de son ancien bras droit, Frank Zampino, et de son ancien chef de cabinet Martial Fillion, pour fraude et abus de confiance, notamment.

«Je pense qu'il aurait dû le reporter. Il y a une vraie crise de confiance, c'est bien évident. Et lui-même n'a pas de leçon à donner avec les arrestations de la semaine dernière de ses hommes de confiance. La confiance c'est le pilier de la démocratie.»