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24/05/2012 01:42 EDT | Actualisé 24/07/2012 05:12 EDT

Contre toute attente, les Frères musulmans égyptiens croient en la victoire

Donnés perdants à la présidentielle égyptienne après avoir été contraints il y a un mois de troquer leur candidat contre un chef peu charismatique, les Frères musulmans sont depuis montés en puissance grâce à leur réseau de militants, au point d'être convaincus de leur victoire.

Depuis une villa située sur les collines de Moqattam au Caire, des responsables de la confrérie surveillent le déroulement de l'élection, alors que depuis quelques semaines, les Frères dominent déjà le Parlement du pays arabe le plus peuplé.

Après avoir annoncé qu'ils ne présenteraient pas de candidat à la présidentielle, les Frères musulmans ont finalement changé d'avis tardivement. Pour compliquer la donne, leur candidat initial a été disqualifié, ce qui les a contraints à se rabattre sur le chef de leur branche politique, Mohammed Morsi, un homme ayant peu d'aura.

Mais au fil des semaines, les Frères ont rattrapé le temps perdu grâce à leur réseau de centaines de milliers de militants, affirme Essam Erian, vice-président de la branche politique des Frères, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ).

"C'est une grosse machine. Je m'attendais à ce que cela se passe ainsi, au fil du temps", précise-t-il, apparaissant détendu au deuxième jour du vote.

L'ancien détenu politique, qui s'est échappé de prison avec d'autres camarades pendant la révolte ayant conduit à la chute du président Hosni Moubarak en février 2011, considère cette élection comme un tournant pour le pays et son mouvement.

"Nous avons besoin d'un président qui réalise les objectifs de la révolution", dit-il.

Les Frères, qui ont vécu des décennies dans la semi-clandestinité, avaient au départ insisté sur le fait qu'ils ne se présenteraient pas à la présidence, soulignant qu'ils soutiendraient un candidat d'union ayant des références islamistes mais non issu de leurs rangs.

Ils ont changé d'avis quand il est devenu clair, selon leurs dires, que le Parlement seul était trop faible pour pouvoir mettre en oeuvre des réformes.

La décision n'a néanmoins pas été facile à prendre. Le mouvement est resté divisé sur cette question jusqu'à la dernière réunion en mars de son conseil consultatif, qui a voté à une petite majorité en faveur d'une candidature de Khairat al-Chater, richissime homme d'affaires et numéro deux du mouvement.

"Cela a été très difficile", reconnaît M. Erian. "Les gens qui s'opposaient (à cette décision) estimaient que nous étions en train de prendre trop de responsabilités. Mais c'est l'avenir du pays qui est en jeu. Si vous ne prenez pas de responsabilité, à qui allez-vous les laisser?"

Nouveau rebondissement le 17 avril: M. Chater est disqualifié en raison d'une vieille condamnation. M. Morsi est choisi pour le remplacer, ce qui lui vaudra d'être surnommé la "roue de secours". Beaucoup d'analystes le donnent alors perdant.

Parallèlement, les islamistes font face à une vague de critiques, certains électeurs voyant leur choix de se présenter à la présidentielle comme une tentative de s'accaparer tous les pouvoirs.

Mais les milliers de cadres des Frères, inspirés par le programme du mouvement et non par leurs dirigeants, ont alors commencé leur travail de proximité, tentant de convaincre les électeurs un à un.

Les affiches d'un Morsi au sourire timide sont devenues omniprésentes, tandis que des milliers d'Egyptiens à travers le pays assistaient aux meetings du candidat.

"Nous avons contré (la campagne négative) des médias en rencontrant personnellement les gens", explique M. Ernan.

La confrérie a également ouvert un centre de presse dans un bâtiment situé en face du ministère de l'Intérieur, avec plusieurs conférences de presse par jour.

"Depuis plus de 80 ans, nous sommes dans chaque quartier. Nous sommes présents dans 4.500 villes. Nous ne laisserons jamais les rues" à d'autres, souligne Yassir Ali, un membre de longue date.

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