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21/05/2012 07:07 EDT | Actualisé 21/07/2012 05:12 EDT

Mali: Amadou Haya Sanogo, obscur putschiste promu au rang d'ex-chef d'Etat

Le capitaine malien Amadou Haya Sanogo est sorti de l'ombre à la faveur d'un coup d'Etat le 22 mars ayant renversé le président Amadou Toumani Touré (ATT) qui lui a permis d'asseoir son influence, au point d'obtenir le statut d'ex-chef d'Etat avec tous les privilèges qui y sont liés.

Deux semaines après le putsch, cet homme d'une quarantaine d'années signait un accord avec les médiateurs de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) par lequel il acceptait de rendre le pouvoir aux civils.

Un retrait de façade, car il s'est ensuite comporté comme s'il était toujours le véritable maître de Bamako, au détriment du président par intérim Dioncounda Traoré, ses hommes procédant à de nombreuses arrestations dans les milieux politiques, économiques, médiatiques et militaires, proches d'ATT, ou considérés comme tel.

Ce n'est qu'à deux jours de l'expiration, mardi, du mandat constitutionnel de 40 jours de Dioncounda Traoré, qu'il ne voulait pas voir prolongé, qu'il a finalement accepté le maintien à son poste pour un an de cet ex-président de l'Assemblée nationale.

Au prix d'une amnistie générale pour lui et ses hommes, votée le 18 mai par les députés, et de l'obtention d'un statut d'ancien chef d'Etat disposant d'un revenu, d'une garde rapprochée et d'un logement payés par l'Etat, alors que le putsch a précipité la chute du nord du Mali aux mains de groupes armés, en particulier islamistes.

Natif de Ségou (240 km au nord-est de Bamako), le capitaine Sanogo est un produit du Prytanée militaire de Kati, école à une quinzaine de kilomètres de Bamako, dont il a fait de la caserne son quartier général.

De taille moyenne, la voix rauque, la silhouette sportive, il a souvent été vu avec un maillot de corps comme en sont vêtus les chasseurs traditionnels "dozos" et censé être doté de pouvoirs magiques qui protègent celui qui le porte.

Populaire parmi les hommes de Kati, à qui il dispensait des cours d'anglais, l'homme au béret vert a accroché un badge des Marines américains à son uniforme, rappel de ses séjours aux Etats-Unis où il participé à des programmes de formation, entre autres à la base des Marines de Quantico, en Virginie (est).

Selon la presse américaine, qui cite le Département d'Etat, le capitaine Sanogo a effectué des séjours aux Etats-Unis en 2004-2005, 2007-2008 et en 2010, où il a notamment été formé comme professeur d'anglais.

Il a également assisté à des réunions militaires internationales, dont l'une au Maroc sur l'antiterrorisme.

Part d'ombre du capitaine: son parcours a été marqué par un bizutage mortel survenu en octobre 2011 à l'école militaire de Koulikoro, près de Bamako. Cinq élèves-officiers étaient morts à la suite de sévices.

Il était à l'époque instructeur à Koulikoro, a raconté à l'AFP un cadre de l'école. Il n'était pas là "le jour où les faits se sont passés, mais puisque tout le personnel d'encadrement a été sanctionné après l'affaire, Sanogo aussi a été sanctionné".

La crise dans le Nord, invoquée comme raison du putsch, "est une excuse bidon, c'est une bande d'aigris", selon un militaire malien vivant hors du pays depuis 2011 et qui connaît Sanogo et d'autres putschistes.

Sanogo et ses camarades "vont essayer de régler des comptes. Tous ceux qui peuvent entraver son pouvoir, il va demander de les arrêter", prédisait un militaire pro-ATT juste après le coup d'Etat.

Les personnalités qui l'ont récemment rencontré le décrivent souvent comme "attentif" aux propos de ses interlocuteurs, mais ne prenant pas de décision seul, préférant consulter ses proches, selon un diplomate.

Un de ses collègues raconte l'avoir entendu dire un jour que s'il devait faire de la politique, il serait "un homme de gauche".

Plusieurs fois père, fan de foot et de sport en général, il est présenté comme "pas sérieux" par des militaires qui l'ont côtoyé, et par des copains de promotion comme un séducteur et un fêtard.

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