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20/05/2012 04:12 EDT | Actualisé 19/07/2012 05:12 EDT

Le procès de six Somaliens accusés de piraterie s'ouvre mardi à Paris

Six Somaliens accusés d'avoir pris en otage en avril 2008 l'équipage d'un voilier français, Le Ponant, seront jugés à partir de mardi aux assises de Paris, lors du deuxième procès en France de pirates somaliens.

Les accusés, âgés de 25 à 50 ans, sont poursuivis pour enlèvement et séquestration ainsi que vol en bande organisée, faits passibles de la réclusion criminelle à perpétuité.

Ils avaient été interpellés en territoire somalien le 11 avril 2008 par des forces spéciales françaises alors qu'ils se trouvaient à bord d'un 4X4 peu après la libération des 30 membres d'équipage du navire.

Un seul des six hommes a reconnu être un pirate. Il avait admis pendant l'enquête avoir participé à l'abordage du trois-mâts et à la surveillance des otages. Son avocate, Me Karine Puret, le décrit comme un simple "exécutant".

Deux autres reconnaissent être montés à bord mais affirment qu'ils ne faisaient qu'approvisionner les pirates en chèvres, cigarettes ou khat. Trois réfutent avoir jamais mis les pieds sur le voilier.

Le 30 mars 2008, le Ponant avait quitté les Seychelles avec 30 membres d'équipage mais sans passagers, pour le Yemen où il devait embarquer des clients pour une croisière.

Le 4 avril, à l'entrée du Golfe d'Aden, le voilier était abordé par des pirates armés de fusils d'assaut, qui obligeaient l'équipage à mettre le cap vers la côte somalienne. Une vingtaine d'entre eux se relaieront à bord pendant sept jours.

Le 11, ils libéraient leurs otages après versement d'une rançon de 2,15 millions de dollars par le propriétaire du voilier, la CMA-CGM, avant de prendre la fuite.

Un important dispositif militaire français avait été déployé, et les fuyards étaient pris en chasse en Somalie. Le 4X4 était intercepté alors qu'il s'éloignait d'un village, avec à son bord environ 200.000 dollars et des armes.

Ses six occupants ont été reconnus sur photographie par des membres d'équipage, mais au fil de l'enquête, ces derniers sont dans certains cas revenus sur leurs identifications initiales.

Les avocats des accusés soulignent que les enquêteurs n'ont retrouvé sur le bateau "ni ADN ni empreinte digitale" impliquant leurs clients. Ils expliquent la présence de ces hommes dans le 4X4 par le fait que le véhicule était un "taxi collectif" dont ils étaient le chauffeur ou des passagers.

Ils regrettent aussi qu'il n'y ait "pas eu d'investigations pour trouver le chef" de l'opération.

Les avocats de la défense comptent aussi évoquer les conditions économiques très difficiles en Somalie et l'attrait exercé par les pirates auprès de "laissés pour compte".

Ils soulignent le "déracinement" de leurs clients, en détention provisoire depuis quatre ans, qui étaient au début de leur détention éparpillés dans diverses prisons françaises où le fossé culturel et linguistique les maintenait dans un "isolement" total.

Les six ont finalement été regroupés à la prison parisienne de La Santé.

Au total, 22 Somaliens sont détenus en France pour quatre prises d'otages.

Cinq hommes jugés fin 2011 pour avoir pris en otage un couple de Français à bord du voilier le Carré d'As en septembre 2008, ont été condamnés à des peines de quatre à huit ans de prison, un sixième étant acquitté. Le procès en appel à la demande du Parquet aura lieu prochainement.

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