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10/05/2012 02:46 EDT | Actualisé 10/07/2012 05:12 EDT

Guantanamo: le Pentagone publie des propos censurés sur la torture

Le Pentagone a publié des déclarations faites samedi à l'audience des accusés du 11-Septembre qui avaient été brouillées au préalable en raison de leur contenu présumé sensible, illustrant les méthodes de censure utilisées par les tribunaux militaires de Guantanamo.

Le Pentagone a affirmé que les propos incriminés avaient été "bloqués" de manière accidentelle mais la défense a protesté contre la procédure appliquée dès qu'il s'agit de torture.

Lors de l'audience, Michael Schwartz, l'avocat d'un des cinq accusés des attentats du 11-Septembre, expliquait au juge pourquoi son client Wallid Ben Attach refusait de porter le casque de traduction des débats en arabe.

"C'est à cause de la torture à laquelle mon client a été soumis par ces hommes et ces femmes, les gros bras de la CIA", avait déclaré l'avocat, selon la retranscription disponible jeudi sur le site internet des tribunaux militaires.

Me Schwartz faisait référence aux propos d'un ancien chef de la CIA, José Rodriguez, qui venait de confirmer les "techniques d'interrogatoires renforcées" utilisées dans les prisons secrètes de la CIA. Il avait alors parlé des "gros bras" auxquels l'administration Bush avait recours pour faire parler des détenus accusés d'être "des combattants ennemis".

Les journalistes, comme les familles des victimes, qui assistaient à l'audience derrière une paroi vitrée, n'ont pas pu entendre la déclaration de Me Schwartz.

A Guantanamo, les mots sortent de la salle du tribunal 40 secondes après les images. Ce différé permet à un censeur militaire d'actionner un interrupteur pour brouiller les déclarations quand leur contenu devient sensible.

Le général Mark Martins, le chef des procureurs de ces tribunaux ultra-controversés, avait justifié ce procédé lors d'une précédente audience en novembre 2011.

"Il y a des obligations absolues en termes d'information et de transparence mais il y a aussi des éléments qui ne peuvent pas être dévoilés publiquement", avait-il déclaré.

Cette fois, le même "procureur en chef, témoin de cette déclaration, a ordonné que la portion brouillée de manière accidentelle soit rétablie aussi vite que possible", a déclaré Todd Breasseale, porte-parole du Pentagone. La totalité des débats est désormais publique, a-t-il assuré.

Mais l'équipe de défense a protesté dimanche lors d'une conférence de presse. Me Schwartz "a à peine mentionné l'utilisation de la torture et la discussion a été immédiatement censurée", a déclaré James Connell, avocat d'Ali Abdoul Aziz Ali, ajoutant: "Plusieurs autres avocats de la défense ont dû alors habilement reformuler leurs commentaires pour s'assurer que l'audience ne soit pas davantage censurée".

Le terme "torture" a été prononcé au moins par deux fois lors des débats sans faire l'objet d'une coupure de la retransmission.

Le cerveau autoproclamé des attentats du 11-Septembre, Khaled Cheikh Mohammed, a subi 183 simulations de noyade et 7,5 jours d'affilée de privation de sommeil dans une prison secrète de 2003 à 2006, selon un rapport de la CIA.

Ses quatre co-accusés ont subi d'autres mauvais traitements assimilés à de la torture.

Wallid ben Attach a voulu montrer à l'audience des cicatrices qu'il aurait sur le corps mais le juge le lui a défendu. Son avocate Cheryl Borman a plus tard indiqué que son client avait "d'énormes cicatrices sur les bras", soulignant avoir "de bonnes raisons de penser qu'il les avait eues" à Guantanamo.

"Nous considérons ces accusations très sérieusement", a déclaré Todd Breasseale, annonçant une "enquête approfondie". Il a cependant dit douter que les gardiens de Guantanamo aient pu "infliger volontairement des mauvais traitements aux détenus".

chv/bar

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