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10/05/2012 08:58 EDT | Actualisé 10/07/2012 05:12 EDT

A Bab el Oued, coeur traditionnel d'Alger, les élections sont d'un autre monde

Le coeur traditionnel d'Alger, Bab el Oued, battait lentement jeudi, et ses habitants exprimaient leur désintérêt pour les élections législatives organisées, selon eux, pour un monde bien loin du leur.

"Il n'y a rien qui m'intéresse dans ce vote. C'est comme un jour de congé, je me repose", clame Mohamed, un grand jeune homme maigre en short et sandales, assis sur les pavés d'une rue ensoleillée.

Les magasins sont fermés et le voisinage étonnamment silencieux.

Juste un petit groupe de personnes âgées fait route vers l'école toute proche transformée en bureau de vote, en vue d'élire leur député à la prochaine Assemblée nationale qui en comptera un peu plus cette fois-ci, 462 au lieu de 389.

Le président Abdelaziz Bouteflika, devenu ministre à l'indépendance du pays en 1962, a affirmé que le scrutin était l'occasion pour la jeunesse d'entrer en scène et de commencer à construire le pays.

Cet appel lancé aux jeunes pour les motiver et éviter l'habituel absentéisme électoral n'inspire rien à Mohamed.

"J'allume la télé et je vois les élections transmises à la chaîne nationale. Pour moi c'est comme les actualités d'un autre pays, dit-il en haussant les épaules. C'est pas l'Algérie, c'est le pays de ces gens au pouvoir".

"J'ai 30 ans et je ne suis rien. Mon coeur est vide", confesse Mohamed qui gagne environ 2O0 euros par mois en livrant de l'eau. "Il me faudrait bosser 100 ans pour que j'achète une maison", lance-t-il.

Le fossé entre la jeunesse du quartier et les dirigeants politiques est immense.

En 2001, des inondations ont détruit des immeubles entiers dans les hauteurs de Bab el Oued, déversant des rivières de boue et de déchets dans ses étroites rues menant à la baie d'Alger.

Bab El Oued et ses environs miséreux ont abrité les premières révoltes sociales et politiques du pays, mais jeudi toute l'atmosphère ambiante était celle d'une amère résignation sans le moindre parfum de Printemps arabe.

Devant un bureau de vote tout proche, un des rares étudiants se prépare à accomplir son devoir électoral.

"La seule raison pour laquelle je vote, c'est parce que je suis un jeune qui va arriver sur le marché de l'emploi et j'ai peur qu'un jour les autorités me demandent ma carte d'électeur pour avoir accès à un emploi, à un logement ou à la couverture médicale", dit Bilal, qui garde secret son nom dans ce pays régi par un appareil sécuritaire.

"Sinon ici les jeunes, ils ne votent pas. Ils en ont marre du mensonge. On n'a jamais rien fait pour nous", lance-t-il.

Derrière lui, un vieil homme, s'aidant d'une canne, dépasse les panneaux d'affichage restés vides durant la campagne et monte tout doucement les marches vers le bureau de vote.

"Je vote parce que j'ai toujours voté. Quelqu'un que je connais depuis longtemps est sur les listes, je voterai pour lui", concède Mustapha, 70 ans.

Quelques ruelles plus loin, Hamid remplit les rayons de son épicerie.

"Tous ces petits partis sont illégitimes. Ils ont même mis des annonces dans les journaux pour chercher des candidats (...) comme des offres d'emploi. C'est incroyable", s'exclame cet islamiste, longue barbe fournie et calotte blanche.

"Les autres partis? Ils vont tous à la mangeoire, le président les a apprivoisés", poursuit-il.

"Le MSP, qui se dit islamiste? Je les vomis, c'est pour la vitrine", assène encore Hamid, un ancien du Front islamique de salut (FIS, dissous) promis à une victoire écrasante aux élections de 1991, mais suspendu par les militaires avant que le pays ne sombre dans plus d'une décennie de guerre civile meurtrière.

Les principaux partis en lice sont l'ancien parti unique du Front de Libération nationale (FLN, présidentiel) et ses partenaires de la coalition au pouvoir sortante le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia et le Mouvement pour la société et la paix (MSP, islamiste) de Bouguerra Soltani.

"Le plus dur pour nous, c'est qu'ils ont 200 milliards de dollars (réserve officielle de changes de l'Algérie, ndlr) et nous, nous n'en voyons pas la couleur, ils ne sont pas assez compétents pour savoir l'utiliser", ironise ce commerçant."

jmm/bmk/aub

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