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06/05/2012 10:42 EDT | Actualisé 06/07/2012 05:12 EDT

La campagne électorale en Algérie s'achève sur fond d'indifférence

ALGIERS, Algeria - La campagne électorale en vue des législatives algériennes du 10 mai prochain, ouverte officiellement le 14 avril, se termine ce dimanche à minuit comme elle a commencé, dans un climat d'indifférence qui augure d'une forte abstention.

Pendant 21 jours, les 41 partis politiques, dont 21 nouvellement agréés, et les 118 listes indépendantes, soit un total de 25.800 candidats, ont battu la campagne pour tenter de s'adjuger les suffrages des 21,6 millions d'électeurs inscrits.

Chefs de parti politique, excepté le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui a prôné le boycott, et candidats indépendants ont fait assaut de promesses (logement, emploi, éducation, ouverture politique, etc.) mais avec un leitmotiv comme fil rouge: un appel à une large participation.

Un objectif qui risque de ne pas être atteint, à en juger par l'indifférence et le peu d'engouement affichés par les citoyens qui ont boudé les meetings et autres campagnes de proximité des candidats, d'ailleurs souvent contraints d'y renoncer faute d'électeurs ayant la tête ailleurs.

Autre signe majeur de cette désaffection: le sort subi par les panneaux d'affichage des listes. Ils ont été vandalisés par-ci, tagués par-là avec des mots peu amènes pour les candidats qui ont eu, en plus, la malchance de partir en campagne au moment où la pomme de terre, à cause d'une subite envolée de son prix, a été au coeur des débats.

"Importez la pomme de terre plutôt que de gaspiller l'argent pour des mascarades électorales!", "pourquoi voter pour une Assemblée sans pouvoir?", "les élections passent, les problèmes restent" sont quelques uns des graffitis écrits souvent en langue arabe sur ces panneaux en faisant penser aux dazibaos à l'époque de Mao Tsé-toung.

"Cette indifférence dont vous parlez s'explique à mon sens par le fait les citoyens sont convaincus que ces élections ne seront pas meilleures que les précédentes, qu'elles ne changeront rien au quotidien des Algériens", estime le politologue Rachid Grim dans un entretien à l'Associated Press.

"Les Algériens sont méfiants, car cela fait 50 ans qu'ils entendent les mêmes promesses", ajoute-t-il en dénonçant aussi "les paroles en l'air" des candidats, le "manque de niveau et de cohérence de leurs discours".

Cette indifférence, signe annonciateur d'une forte abstention, donne du souci au pouvoir qui mise beaucoup sur cette consultation électorale pour montrer surtout à la communauté internationale que l'Algérie entend faire son "Printemps arabe" sans violence, ni anarchie.

Samedi, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, par ailleurs président du RND, parti de la coalition présidentielle, tout en qualifiant ledit Printemps arabe de "déluge", a mis les électeurs devant le choix suivant: soit ils participent massivement au scrutin pour soutenir les réformes politiques, soit c'est "la porte ouverte à une intervention étrangère" qui imposerait au pays un "agenda extérieur".

Le risque d'une abstention massive a poussé le président Abdelaziz Bouteflika à peser de tout son poids en multipliant les plaidoyers en faveur d'une large participation à cette élection qu'il n'a pas hésité à comparer au 1er novembre 1954, date du déclenchement de la guerre d'indépendance algérienne.

Son forcing en faveur de ce scrutin, auquel il s'est plus que jamais identifié, l'a conduit à intervenir déjà cinq fois pour appeler au vote. Mardi, il se rendra dans le département de Sétif (300km à l'est d'Alger) pour lancer un ultime appel à la participation. AP

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