NOUVELLES
06/05/2012 03:54 EDT | Actualisé 05/07/2012 05:12 EDT

Courtisées, les Algériennes partent à la conquête de la députation

Les candidates aux législatives du 10 mai en Algérie sont propulsées cette fois-ci sur le devant de la scène politique après une réforme présidentielle imposant aux partis un quota de femmes de 20 à 50% des sièges sur leur liste sous peine d'être éliminés du scrutin.

Longtemps sollicitées comme électrices mais très peu comme candidates, les Algériennes présentent jeudi 7.647 femmes sur 25.800 candidats en lice pour les 462 sièges de la future Assemblée.

Le président Abdelaziz Bouteflika a demandé le 1er mai aux femmes d'aller voter et d'affirmer leur présence "d'autant plus que les conditions favorables se trouvent réunies, aujourd'hui plus que par le passé, pour donner corps à leurs aspirations".

Courtisées par la presse, nombreuses sont celles qui interviennent dans les rassemblements publics aux côtés des hommes, suscitant tout autant de ferveur.

En réalité, elles font face à un Etat, à la fois républicain et religieux.

Certaines femmes occupent des fonctions de juges, cadres supérieurs, ministres et l'une d'entre elles a même été promue générale dans l'armée.

Mais elles n'ont pas le droit, comme le père, d'exercer l'autorité parentale.

La voix d'une élue du Parlement vaut celle d'un homme et cela lui permet de participer à l'élaboration et à l'adoption des lois.

Toutefois devant la justice, le témoignage d'un homme vaut celui de deux femmes.

Dans les faits, le code de la famille (adopté par le parlement en 1984, puis revu en 2007) consacre le statut mineur de la femme et bien qu'anti-constitutionnel (la Constitution proclame l'égalité), il est appliqué en Algérie.

"Chez une femme, la dimension sentimentale l'emporte, voilà pourquoi l'Islam prône le témoignage de deux femmes pour celui d'un homme", explique à une journaliste de l'AFP Fettouma Smail, l'épouse de l'islamiste radical Abdallah Djaballah, fondateur du Front pour la Justice et le développement (FJD).

Candidate à Alger, Mme Djaballah, 57 ans, mère de neuf enfants, est femme au foyer et milite depuis plusieurs années. Après des études d'économie à l'Université d'Alger, elle décide que sa "place est à la maison pour fonder une famille et s'occuper des enfants".

Vêtue d'un hidjab (voile laissant le visage apparent) strict dans sa villa de la banlieue d'Alger, la candidate refuse d'être prise en photo "pour des raisons personnelles".

"Je suis choqué que des militantes féministes puissent penser que les lois de la république fassent la différence entre le témoignage d'un homme et celui de la femme", déclare un avocat, Mokrane ait Larbi, à l'AFP.

"La Constitution Algérienne et toutes les lois de la république consacrent l'égalité des sexes, il est impensable de dire que la voix d'une femme vaut la moitié de celle d'un homme", ajoute Me ai Larbi.

Au Front de libération nationale (FLN, parti présidentiel), la première femme sur la liste d'Alger, Asmaa Be Kada, se dit d'emblée "opposée à l'idéologisation de la religion".

Pour Mme Ben Kada, ex-épouse de l'imam égyptien Youcef el-Kardaoui, "l'Islam se retrouve avec les valeurs universelles qui constituent un point de ralliement de toutes les religions".

Cette enseignante de sciences politiques à l'Université d'Alger, née après l'indépendance en 1962, a milité pour les droits de l'Homme. Elle porte le foulard mais reste coquette.

"A certains partis, je dis +faites attention à un autre type de fraude qui consiste en la vente d'illusions à la population+", lance Mme Ben Kada, qui affiche son hostilité à la création d'un Etat islamique.

Pour elle, l'Algérie vit "une période de transition et passe du paternalisme politique à une participation politique effective de la femme".

Selon Hayet Taiati Meziani, 43 ans, cadre de santé et candidate du Front des forces socialistes (FFS) dans la capitale, "les femmes qui font de la politique sont mal vues".

"Les hommes évoquent +l'intégrité territoriale+ dès qu'il s'agit des femmes de leurs familles", répond Mme Meziani, pressée d'expliquer pourquoi si peu d'hommes politiques encouragent les femmes à participer à la vie politique.

Des discussions ardues sur les quotas de représentativité des femmes aux assemblées élues ont mené le parlement à une loi qui leur octroie de 20 à 50% des sièges, en vertu des projets de réformes élaborées par le président Bouteflika.

Saida Bounab, FLN, une des trois seules femmes maires des 1.541communes, explique qu'"après le dépouillement, la règle de trois sera appliquée. Les femmes auront un nombre de sièges proportionnel au pourcentage".

"Si à Alger le parti a 10 sièges, le quota des femmes étant de 40% dans cette wilaya (préfecture), il y aura quatre femmes députées", précise cette candidate à Alger.

Les femmes représentent 53% de la population, sont majoritaires à l'université sans l'être dans le monde du travail. 19% sont au chômage sur un taux global de 10% (FMI).

Il y 30 femmes sur 389 députés dans l'assemblée nationale sortante.

amb/bmk/ej/aud