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29/04/2012 10:32 EDT | Actualisé 29/06/2012 05:12 EDT

Un Canadien demandera la clémence lors d'une audience au Montana cette semaine

CALGARY - Le seul citoyen canadien condamné à la peine de mort aux États-Unis devrait livrer un plaidoyer pour sa survie lors d'une audience pour grâce qui se tiendra cette semaine au Montana.

Ronald Smith, maintenant âgé de 54 ans, se trouve dans le couloir de la mort depuis 1982 après que lui et un complice, tous deux fortement intoxiqués par la drogue, aient mené Thomas Running Rabbit et Harvey Mad Man Jr. dans un boisé près de East Glacier, au Montana, et les ont tués de coups de feu à la tête.

Il s'agissait d'un meurtre commis de sang-froid. Les meurtriers voulaient voler la voiture de leurs victimes, mais Smith a aussi confié qu'il désirait connaître la sensation de tuer quelqu'un.

Son nom est le dernier d'une liste de 16 témoins rendus disponible par ses avocats en vue de cette audience, prévue mercredi et jeudi, devant la Commission des amnisties et des libérations conditionnelles du Montana, à Deer Lodge.

L'audience se déroulera près du pénitencier fédéral où Smith, qui est originaire de Red Deer, en Alberta, a passé les trois dernières décennies.

La décision de s'exprimer devant le comité de trois personnes a été uniquement celle de Smith, selon Me Don Vernay, l'un de ses deux avocats.

«J'ai toujours voulu avoir l'opportunité de sortir de tout ça, d'avoir la possibilité d'offrir mes excuses à la famille et d'expliquer qui j'étais, vraiment, à cette époque. J'étais une personne complètement différente», a confié Smith à La Presse Canadienne, lors d'une entrevue accordée le mois dernier. «C'est qui je suis, qui je suis devenu et ce qui m'attend dans le futur.»

«Notre objectif est d'attendre que tout le processus ait été complété et ensuite avoir le dernier mot», a précisé son avocat. «Il doit absolument parler aux membres de la Commission. Ce sont ces gens qui vont décider s'il va vivre ou mourir. Il compte exprimer ses remords et son désir de vivre.»

La Commission des amnisties et des libérations conditionnelles a reçu de nombreuses manifestatioins de soutien, l'implorant d'épargner la vie de Smith.

«Notre bureau a reçu et continue de recevoir de nombreux témoignages d'appuis et des requêtes pour la commutation de la peine, et ce de partout au monde, motivées par des croyances individuelles contre la peine de mort plutôt que par un engagement particulier lié à cette histoire», écrit un employé de la Commission dans un rapport obtenu par La Presse Canadienne, le mois dernier.

Ce rapport a néanmoins été mal reçu par les avocats de Smith, car il suggérait au comité de rejeter la demande de grâce, leur donnant l'impression que la décision a peut-être déjà été prise.

L'une des lettres est venue du secrétaire-général du Conseil de l'Europe, un regroupement de 47 pays qui se concentre sur les droits de la personne et la protection des individus. La missive soutient que Smith a présenté ses regrets pour ses gestes «déplorables», a transformé sa vie et développé de solides liens avec des membres de sa famille.

Le gouvernement du Canada a également écrit à la Commission, bien qu'il ait fait l'objet de critiques pour manque d'engagement ferme envers Smith.

À l'origine, le gouvernement Harper a refusé d'appuyer la demande de grâce de Smith, affirmant que celui-ci avait été condamné dans un pays démocratique. Mais la cour fédérale a statué que le gouvernement devait respecter un principe de longue date selon lequel il devait intervenir au nom des Canadiens condamnés à mort dans d'autres pays, et une lettre a été acheminée le 5 décembre.

«Le gouvernement du Canada ne compatit pas avec les crimes violents et cette lettre ne devrait pas être interprétée comme l'émission d'un jugement de la conduite de M. Smith», mentionne la missive du ministre des Affaires étrangères, John Baird. «Le gouvernement du Canada... demande que vous accordiez clémence à M. Smith pour des raisons d'ordre humanitaire», ajoute la lettre.

Le leader intérimaire du Parti libéral du Canada, Bob Rae, a expédié sa propre lettre à la Commission et au gouverneur du Montana, Brian Schweitzer, demandant également de gracier le prisonnier canadien.

La fille de Smith, maintenant âgée de 35 ans, sera présente à l'audience.

«Il a commis un geste grave. Il a fait d'énormes gâchis. Mais il n'est pas resté assis à se laisser dépérir et à continuer de consommer de la drogue et autre chose du genre», a déclaré Carmen Blackburn à La Presse Canadienne. «Il est un homme bon».

«Comment dire à quelqu'un que vous l'aimez et tout ce qu'il représente pour votre famille?», a-t-elle ajouté, la voix douce. «C'est difficile à décrire parce que c'est votre coeur et c'est ce qu'il est — mon coeur.»

Jessica Crawford, la fille de Running Rabbit et la cousine de Mad Man, n'a pu être rejointe pour émettre un commentaire.

Mais en décembre dernier, Jessica Crawford avait affirmé à La Presse Canadienne que bien que ses défunts grands-parents auraient voulu que Smith soit exécuté, elle préférerait le voir passer le reste de sa vie derrière les barreaux.