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29/04/2012 01:53 EDT | Actualisé 29/06/2012 05:12 EDT

D'anciens détenus à Bourj Erroumi, une prison de triste mémoire en Tunisie

D'anciens détenus politiques islamistes, nationalistes ou de gauche se sont rendus dimanche à la prison Bourj Erroumi, à Bizerte (50 km au nord de Tunis) où ils avaient croupi sous les règnes du président déchu Ben Ali et de son prédécesseur Habib Bourguiba.

Les portes de cette prison tristement célèbre ont été également ouvertes aux ONG et à la presse, à l'invitation du ministre de la Justice, l'islamiste Noureddine Bhiri.

"C'est un moment de liberté. Un symbole de l'unité et de la lutte des Tunisiens toutes tendances politiques confondues face à l'oppression et à l'injustice", a-t-il lancé.

Dans la cave souterraine de la prison, qui était un bunker de l'armée française construit en 1932 sous le protectorat de la Tunisie, le ministre a donné des fleurs aux ex-détenus: des octogénaires, anciens opposants nationalistes à Bourguiba (le premier president à l'indépendance en 1956), des militants de gauche des années 1970 ou des islamistes ayant vécu l'isolement sous le règne de Ben Ali.

"Je suis effarée, ce lieu respire l'horreur de la torture et les traitements inhumains", a dit Radia Nasraoui, avocate et présidente de l'Association tunisienne de lutte contre la torture. Avant la chute de Ben Ali en janvier 2011, elle y visitait ses clients mais aussi son époux Hamma Hammami, chef du Parti communiste ouvrier (PCOT).

Le ministre et ses invités ont récité la sourate de la Fatiha, un prière pour les disparus "qui par leur combat et leurs souffrances tout au long de l'histoire ont contribué à l'avènement de la révolution" de janvier 2011, a-t-il affirmé.

Parmi les visiteurs d'anciens détenus venus du sud et du centre, fief du leader nationaliste arabe Salah Ben Youssef, rival de Bourguiba assassiné.

Regroupés en association, ses partisans (les youssefistes) ont récemment porté plainte contre Béji Caïd Essebsi, Premier ministre intérimaire jusqu'en novembre 2011.

"En 1965 M. Essebsi alors ministre de l'Intérieur avait ordonné le transfert de prisonniers politiques dans la cave de torture à Bourj Erroumi", a affirmé l'avocat plaignant Mabrouk Kourchid, président de l'association de défense des youssefistes.

Pour Tahar Chagrouch, un opposant de gauche ayant connu les coups de cravache et la torture dans la cave, "le moment est très fort".

Cette fosse creusée dans la roche n'est plus utilisée, des pavillons "plus humains" accueillent à ce jour 500 prisonniers pour un personnel pénitentiaire réduit et en manque de tout. En attendant la fermeture de la prison annoncée par les autorités qui souhaitent en faire un musée.

Bsh/kl/jms