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29/04/2012 05:55 EDT | Actualisé 29/06/2012 05:12 EDT

Bahreïn: Abdel Hadi al-Khawaja, un militant devenu le symbole d'une révolte

Le militant bahreïni Abdel Hadi al-Khawaja, condamné à la perpétuité après la révolte de février/mars 2011 et qui attend lundi une décision en cassation, est devenu, par sa longue grève de la faim, le symbole des victimes de la répression dans son pays.

Ce défenseur des droits de l'Homme âgé de 52 ans refuse de s'alimenter depuis le 8 février pour réclamer sa libération et celle de ses co-détenus, condamnés en juin par un tribunal d'exception pour complot contre la monarchie à Bahreïn.

M. Khawaja, qui avait déjà fait trois grèves de la faim depuis son arrestation en avril 2011, peu après la répression d'un mois de révolte dans la foulée du Printemps arabe, se dit décidé à poursuivre son action "jusqu'à la libération ou la mort", selon son entourage.

"Je ne sais pas s'il est vivant, s'il est éveillé, s'il est encore à Bahreïn. Je ne sais rien de lui", dit sa femme, Khadija Moussawi, qui affirme à l'AFP être sans nouvelles de son mari depuis le 23 avril, deux jours après qu'il a, selon elle, décidé de ne plus boire d'eau.

Aux autorités qui affirment que M. Khawaja est en bonne santé, elle demande: "Si c'est vrai, pourquoi ne m'autorise-t-on pas à lui parler, à le voir ?".

Son inquiétude est d'autant plus manifeste que sa fille aînée Zaïnab est en garde à vue depuis son arrestation le 21 avril après une manifestation anti-gouvernementale.

La détermination de M. Khawaja a suscité un élan de solidarité à Bahreïn, où la foule scande son nom et brandit son portrait dans les manifestations qui se sont intensifiées ces derniers mois sous l'impulsion de chiites qui, majoritaires dans la population locale, réclament des réformes démocratiques dans ce petit royaume du Golfe dirigé par une dynastie sunnite.

A l'étranger, de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer une solution "humanitaire" dans l'affaire de ce militant qui détient aussi la nationalité danoise. Mais Manama a conseillé "la non-ingérence" dans ses affaires.

La grève de la faim de M. Khawaja "n'a pas eu d'effet sur le régime bahreïni, mais elle a suscité une prise de conscience au plan international" de l'impasse politique dans le pays, estime Nabil Rajab, président du Bahrain Center for Human Rights (BCHR).

Militant de la première heure connu pour son intégrité, Abdel Hadi Khawaja a été poussé "dès l'âge de 18 ans" à l'exil à l'étranger, où il s'est engagé dans la défense des droits de l'Homme, ajoute M. Rajab, compagnon de route depuis 1997.

Revenu d'exil dans le cadre d'une ouverture politique amorcée alors par le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa, M. Khawaja a co-fondé le BCHR en 2002 avec d'autres militants, selon M. Rajab.

De 2008 à 2011, il a été coordinateur pour le Moyen-Orient et l'Afrique du nord de Front Line Defenders, où il a organisé des campagnes pour les droits de l'Homme, selon le site de cette ONG irlandaise, où plus de 120 militants des droits de l'Homme dans la région ont signé un appel pour sa libération juste après son arrestation.

Marié depuis 31 ans avec Khadija Moussawi, qu'il avait connue à l'université à Londres, il est père de quatre filles, dont Zaïnab, elle aussi engagée pour défendre les droits de l'Homme à Bahreïn, où la répression de la révolte en février/mars 2011 avait fait 35 morts selon une commission d'enquête indépendante, un bilan passé depuis à 60 morts selon Amnesty International.

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