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29/04/2012 01:43 EDT | Actualisé 29/06/2012 05:12 EDT

Au Mali, l'ex-junte tente de rester maîtresse du jeu face à l'Afrique de l'Ouest

En rejetant les décisions de l'Afrique de l'Ouest sur la transition et l'envoi d'une force au Mali, l'ex-chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo, tente de rester maître du jeu mais n'a pas les moyens de résister à la détermination des pays voisins, selon les analystes.

Vendredi soir, le capitaine Sanogo, ex-chef de l'éphémère junte malienne qui a renversé le 22 mars le président Amanou Toumani Touré, a vivement dénoncé les décisions prises "unilatéralement" par les chefs d'Etat ouest-africains, jeudi lors d'un sommet à Abidjan, s'opposant en particulier à tout déploiement de force militaire ouest-africaine.

"Aucun soldat étranger ne foulera le sol du Mali sans une demande du gouvernement malien", a-t-il affirmé.

L'ex-chef de la junte a également rejeté la décision de la Cédéao - une communauté de quinze pays dont le Mali - de fixer la période de transition à douze mois, alors que la Constitution malienne prévoit un délai de 40 jours.

"Le président intérimaire (Dioncounda Traoré, investi le 12 avril) ne fera que 40 jours, a-t-il insisté. Au-delà, je prendrai mes responsabilités".

"Le capitaine montre ses muscles, mais je ne pense pas que la junte sera capable de s'opposer" aux décisions de la Cédéao, estime Gilles Yabi, directeur Afrique de l'Ouest à l'ONG International Crisis Group (ICG), basée à Dakar.

"L'accord-cadre signé le 6 avril entre la junte et la médiation burkinabè de la Cédéao restait assez flou sur la transition après 40 jours. Le capitaine Sanogo veut une renégociation à la fin de ces 40 jours pour pouvoir contrôler le dispositif et choisir le président de la transition", ajoute-t-il.

Par ailleurs, "la force militaire l'inquiète parce que sa présence peut renforcer les autorités civiles de transition et limiter la marge de manoeuvre des militaires, qui ne pourront plus par exemple arrêter des personnalités politiques comme ils l'ont encore fait récemment", selon cet expert.

Pour Alioune Tine, président de la Raddho (Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme), "le capitaine n'est pas un grand esprit. Il se moque des institutions, ses soldats ont goûté au pouvoir, à l'argent et ne veulent pas lâcher".

"Mais concrètement il n'a pas la possibilité de résister à la communauté internationale", estime-t-il.

"Le Mali avec la crise dans le Nord est devenu une véritable poudrière pour l'Afrique de l'Ouest, et l'installation d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) sur son sol constitue une menace pour tous les Occidentaux", souligne-t-il.

"La Cédéao hésite. Son premier choix n'est pas la solution militaire. Mais s'ils persistent, la Cédéao interviendra", assure-t-il.

"Dans le même temps, déclare Gilles Yabi, la Cédéao n'a pas intérêt à déployer une force dans l'hostilité. Il faut envisager les déclarations du capitaine Sanogo dans le cadre d'une poursuite des négociations".

Dans la classe politique malienne et les milieux diplomatiques, beaucoup soupçonnent les putschistes de ne pas vouloir laisser la place. La France les a exhortés vendredi à respecter l'accord signé et à se retirer des locaux de la radio et la télévision publiques maliennes ORTM qu'ils contrôlent depuis mars.

Dimanche matin, les militaires avaient pourtant renforcé les mesures de sécurité à l'aéroport et aux frontières, ainsi qu'à l'ORTM, selon les constatations d'un correspondant de l'AFP.

Un proche du capitaine Sanogo confiait néanmoins à l'AFP: "Nous sommes loin de la rupture avec la Cédéao. Nous allons continuer de discuter. Je crois que nous allons finir par trouver une solution pour la paix au Mali".

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