NOUVELLES
28/04/2012 03:53 EDT | Actualisé 27/06/2012 05:12 EDT

Kenya: des réserves doivent abandonner leurs rhinocéros face au braconnage

"C'est une défaite. Il aurait été bien de ne pas avoir à faire ça, mais ce qui devait être fait a été fait (...) Voir un rhinocéros mort est une chose terrible", déplore Claus Mortensen directeur du ranch de Mugie au Kenya.

Trop cher, trop dangereux, trop stressant. A environ 300 kilomètres au nord de Nairobi, Mugie, comme d'autres sanctuaires privés, peinait depuis des années à assurer la sécurité ses rhinocéros, et a dû finalement les transférer dans des parcs mieux équipés pour les protéger d'un braconnage en constante augmentation.

"En janvier 2011 nous avons tiré la sonnette d'alarme (...) Mugie est si isolé qu'il aurait fallu plus d'hélicoptères, d'avions", explique M. Mortensen.

En 2004, vingt rhinocéros noirs avaient été réintroduits dans le sanctuaire de 18 000 hectares. Quatre ans plus tard, en 2008, le premier animal succombe aux braconniers: "Et cela s'est reproduit encore et encore.(..) Notre travail est passé d'un travail d'élevage à une collecte d'informations (pour empêcher) des braconniers prêts à tuer", raconte Claus Mortensen.

Le nombre d'employés est alors presque triplé. Les dépenses de Mugie explosent, passant de 150 dollars (113 euros) par rhinocéros et par mois à 1.200 dollars (900 euros). "C'était très stressant. 24 heures sur 24, vous avez votre téléphone allumé, chaque nuit, votre radio est à côté de votre lit. Et lorsque quelqu'un appelle, alors votre coeur s'arrête de battre".

Rapidement, le Kenya Wildlife Service (KWS, autorité publique de protection des animaux et de gestions des parcs étatiques), renforce la sécurité à Mugie. Trente-six hommes armés et équipés d'hélicoptères sont déployés jour et nuit dans la réserve. Rien n'y fait. En l'espace de quatre ans, cinq rhinocéros sont tués.

En octobre 2011, la décision est prise de déplacer le troupeau. Entre novembre 2011 et janvier 2012, onze des vingt-quatre rhinocéros alors possédés par le ranch de Mugie sont envoyés dans la réserve publique de Ruma. Les treize autres seront accueillis par le ranch privé d'Ol Jogi.

"Cette hausse du braconnage est due en premier lieu à l'influence grandissante de l'économie asiatique. Il y a un marché légal pour un commerce illégal. (...) notamment au Vietnam, en Thaïlande et en Chine", explique Patrick Bergin, le directeur du Forum africain de la faune (AWF).

"Tout a commencé en 2007, après qu'un ministre vietnamien a déclaré qu'il avait guéri de son cancer grâce de la poudre de corne de rhinocéros", estime Patrick Omondi du KWS.

Malgré de nombreuses études prouvant que la corne de rhinocéros est composée de kératine, une banale matière identique à celle des ongles et des cheveux humains et donc sans vertus médicinales, ni d'ailleurs aphrodisiaques comme le veut une croyance tenace, la demande ne faiblit pas.

D'autant que le marché est juteux: le prix du kilo de corne peut aller jusqu'à 60 000 dollars (45 000 euros) selon les estimations du KWS.

"C'est un phénomène de plus en plus complexe. Les braconniers émanent de gangs internationaux, leurs armes sont de plus en plus sophistiquées et ils sont prêts à tout", détaille Patrick Omondi. Rien que le mois dernier deux rangers ont été tués à Tsavo.

"Les sanctuaire privés n'ont pas assez d'argent. Ils n'ont pas les moyens de protéger les rhinocéros", reconnaît Mordecai Ogadam directeur exécutif du Forum de la faune de Laikipia (LWF), l'instance qui représente les parcs privés.

"Pour des raisons de sécurité, nous créons de nouveaux sanctuaires étatiques (...) Le parc de Ruma, qui n'avait pas de rhinocéros auparavant accueille maintenant vingt et un rhinocéros, noirs et blancs", explique Patrick Omondi.

Comme celle de Mugie, la réserve de Laikipia s'est également séparé de ses rhinocéros.

Entre 2007 et 2011, 75 rhinocéros ont été tués par les braconniers au Kenya. Huit ont déjà disparus depuis le début de l'année 2012. Actuellement, on compte 1000 rhinocéros au Kenya.

Depuis 1976, le commerce mondial de corne de rhinocéros est interdit par la Convention sur les espèces menacées (Cites). La population mondiale de rhinocéros a baissé de 90% depuis les années 1970.

bur-bb/pb