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26/04/2012 06:51 EDT | Actualisé 26/06/2012 05:12 EDT

Les victimes de Charles Taylor en Sierra Leone applaudissent le verdict

FREETOWN, Sierra Leone - Des milliers de personnes qui ont survécu à la brutale guerre civile en Sierra Leone ont célébré, jeudi, après avoir appris que Charles Taylor avait été reconnu coupable pour son rôle dans le conflit, qui a fait un nombre incalculable d'amputés et laissé des dizaines d'anciens enfants-soldats traumatisés.

Samuel Komba, un fermier sierra-léonais âgé de 58 ans, a été enlevé par des rebelles pendant la guerre. Les rebelles l'ont enchaîné avec une douzaine d'autres villageois, avant de mettre le feu. Grièvement brûlé, M. Komba a réussi à se libérer, mais il a été rattrapé par les rebelles, qui lui ont coupé une partie de la main droite.

Le villageois s'est dit réconforté par la condamnation de l'ancien président libérien Charles Taylor pour son rôle dans la guerre en Sierra Leone.

«Le monde entier saura aujourd'hui ce que Charles Taylor a fait et nous nous en réjouissons», a dit M. Komba dans son village de Tombodu, dont un grand nombre d'habitants ont été forcés de devenir des chercheurs de diamants pendant la guerre.

Jeudi, les autorités du village avaient installé une zone pour que les résidants puissent écouter l'annonce du verdict aux Pays-Bas, mais ils n'ont pas réussi à capter le signal radio. Plusieurs villageois munis de radios sont montés sur les hauteurs pour tenter de capter le signal provenant de la capitale, Freetown.

Quand la nouvelle de la condamnation du redouté seigneur de guerre est arrivée, certains villageois ont applaudi doucement, tandis que d'autres ont souri. Une femme s'est levée et a demandé pourquoi les responsables locaux qui ont commis des atrocités pendant la guerre n'avaient pas été accusés. Mais la foule s'est rapidement dispersée et les villageois sont retournés à leurs occupations.

À Freetown, des centaines de personnes qui s'étaient rassemblées pour entendre le verdict ont poussé un soupir de soulagement en apprenant la nouvelle. La colère était évidente sur les pancartes de certaines personnes. Sur l'une d'entre elles, on pouvait lire: «Honte à toi Charles Taylor. Donne-nous tes diamants avant d'aller en prison».

Jusu Jarka, président d'une association d'amputés, a perdu ses deux bras dans la guerre en 1999. Il s'est dit heureux que le tribunal ait jugé Charles Taylor «responsable des crimes commis contre le peuple de Sierra Leone».

«Je suis heureux que la vérité soit connue», a-t-il dit.

Le gouvernement sierra-léonais a salué «la dignité, la patience et la résilience dont ont fait preuve les victimes de la guerre tout au long du processus de justice internationale, jusqu'au verdict historique d'aujourd'hui».

Mais Charles Taylor a toujours des partisans dans son pays, le Liberia. Jeudi, des jeunes de la capitale, Monrovia, ont manifesté en appui à l'ancien président.

«Nous t'aimons Taylor, si Dieu le veut, tu reviendras», pouvait-on lire sur une affiche. «Laissez Taylor, laissez-le revenir à la maison, il n'est pas coupable», proclamait une autre.

Un homme, Jura Sanoe, s'est présenté avec un petit dépliant anti-Taylor qui disait: «Taylor est coupable». Il a été hué par la foule et a dû être escorté plus loin par la police.

«L'ambassade de Sierra Leone sera incendiée pour la deuxième fois», a crié un jeune homme dans la foule.

Le gouvernement libérien a appelé les citoyens au calme.

«Le gouvernement appelle tous les Libériens, peu importe leurs différences sociales et politiques, à respecter le verdict du Tribunal spécial pour la Sierra Leone et à continuer de prier pour le maintien de la paix et l'unité de la nation», affirme le gouvernement dans un communiqué.