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26/04/2012 04:19 EDT | Actualisé 25/06/2012 05:12 EDT

Les déplacés syriens, sous le choc, racontent l'horreur des violences

Oum Mounir n'a pas prononcé un mot depuis qu'elle a vu ses cinq enfants tués à Homs, dans le centre de la Syrie, par un bombardement des forces du régime il y a plus d'un mois.

Un des enfants était un bébé. Après la tragédie, comme des centaines d'autres habitants, Oum Mounir, âgée d'une trentaine d'années, a été évacuée dans les environs de Damas.

"Depuis qu'elle est arrivée ici, elle n'a pas dit un mot", explique sous couvert de l'anonymat un militant anti-régime qui l'a accueillie. "Nous l'avons emmenée chez un psychologue mais elle est toujours en état de choc".

Au moins un million de personnes ont été déplacées à l'intérieur de la Syrie depuis le début de la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad en mars 2011, selon les Nations unies.

Un grand nombre d'entre eux, essentiellement de Homs, se sont réfugiés dans des localités voisines de Damas, notamment à Jaramana, Roukn al-Din et Qadissa où ils ont été accueillis par des familles et des militants.

Leurs témoignages, recueillis par un journaliste lors d'un récent déplacement à Damas, ne peuvent pas être vérifiés de façon indépendante, les autorités syriennes imposant des restrictions draconiennes aux journalistes.

"Mon mari a été tué et ma maison détruite", raconte une femme de 25 ans qui a fui le quartier meurtri de Baba Amr. "J'ai pris mes quatre enfants et fui" lors des violents bombardements des troupes gouvernementales en mars.

"Nous avons dû passer de maison en maison, nous cacher sans cesse. J'étais terrifiée, j'avais peur que les forces du régime nous arrêtent", poursuit-elle. "Ils tuaient les gens de sang-froid, juste parce qu'ils venaient de Baba Amr", un quartier rebelle.

Les réfugiés racontent les horreurs commises par les forces gouvernementales à Baba Amr, faisant état d'arrestations arbitraires, de viols de femmes et d'exécutions sommaires. L'électricité et l'eau ont été coupées et de nombreux habitants ont fui avec seulement quelques vêtements.

Plusieurs femmes disent avoir dû vendre leurs bijoux pour survivre.

"Quand je suis arrivée à Damas, je n'avais pas de quoi m'acheter du pain", explique cette veuve de 25 ans, mère de quatre enfants. "J'ai vendu tout mon or".

"J'ai essayé de trouver du travail, mais les choses allaient mal ici aussi", ajoute cette femme. "C'est seulement quand un groupe de militants a commencé à m'aider que j'ai pu acheter des médicaments pour mon fils".

Mounir, 24 ans, et Majid, 30 ans, deux militants ayant également requis que leur nom de famille ne soit pas publié pour des raisons de sécurité, disent avoir vu des jeunes gens tués par les forces du régime simplement parce qu'ils avaient refusé de dire "Il n'y a de Dieu que Bachar", en référence au président Bachar al-Assad.

Tous deux expliquent avoir "évacué au moins 10 familles avec des enfants". "Le voyage vers Damas est difficile et nous n'avions que très peu d'argent pour y arriver, mais des militants à Damas nous ont aidés quand nous sommes arrivés", dit Mounir, en précisant que malgré le danger, ils continueront d'aider les familles à fuir les violences.

Mais les organisations de défense des droits de l'Homme ont accusé les deux parties dans le conflit de commettre des violations.

Les violences en Syrie ont fait au moins 11.100 morts en plus de 13 mois d'une révolte populaire qui s'est peu à peu militarisée face à la répression, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les efforts internationaux en faveur d'un règlement politique ont jusqu'ici échoué et tous les espoirs se portent à présent sur un cessez-le-feu fragile sous l'égide de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan.

Des militants, cependant, ont émis des doutes sur les chances d'une trêve qui tienne, les violences meurtrières se poursuivant.

Ils affirment qu'ils vont continueront leur combat jusqu'à la chute du régime: "Même si Bachar utilise toutes ses munitions contre nous, nous ne cèderons pas", promet un militant. "Nous sommes sûrs que la victoire est de notre côté".

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