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26/04/2012 09:58 EDT | Actualisé 26/06/2012 05:12 EDT

Le roi de Jordanie blâme son premier ministre pour la lenteur des réformes

AMMAN, Jordanie - Le roi Abdallah II de Jordanie a accusé son premier ministre démissionnaire, jeudi, de ne pas avoir assez fait pression en faveur des réformes, reflétant la frustration de toutes les parties face aux demandes de partage du pouvoir et de représentation équitable au Parlement jordanien.

Dans une lettre adressée à Awn al-Khasawneh, le roi Abdallah II juge que les réalisations du gouvernement «sont, jusqu'à maintenant, bien en deçà de ce qui est requis et de ce à quoi nous nous attendons».

Le roi semble s'être rangé du côté de ceux qui réclament des changements rapides en faveur d'une plus grande liberté politique et de conditions économiques améliorées en Jordanie, un pays ayant peu de ressources et qui dépend de l'aide américaine pour maintenir son économie à flot.

De telles mesures auraient pour effet de diminuer les pouvoirs du roi en tant que dirigeant absolu.

«Nous n'avons pas le loisir du temps, ni une possibilité de délinquance et de reports», a écrit le roi dans sa lettre, qui a été lue à la télévision nationale.

La déclaration du roi survient quelques heures après la démission inattendue du premier ministre Awn al-Khasawneh, à peine six mois après son arrivée en poste en promettant de faire adopter des réformes politiques.

Il a été rapidement remplacé par Fayez Tarawneh, un vétéran de la politique jordanienne connu pour être proche du roi. Il a déjà été premier ministre il y a plus de dix ans, quand Abdallah II est monté sur le trône.

La pression populaire a probablement joué un rôle dans ce changement soudain.

Les manifestants jordaniens qui réclament des réformes politiques sont descendus dans les rues sporadiquement au cours des 15 derniers mois. Ils ont cependant été beaucoup moins nombreux qu'ailleurs dans le monde arabe, où des soulèvements populaires ont chassé du pouvoir des dirigeants autoritaires de longue date en Tunisie, en Égypte, en Libye et au Yémen.

Les critiques formulées par Abdallah II reflètent les désaccords profonds entre M. Al-Khasawneh et le roi au sujet des réformes, et en particulier au sujet de la loi qui doit encadrer les élections parlementaires de cette année.

Les opposants estiment que la précédente loi électorale favorisait les partisans traditionnels du roi en établissant les circonscriptions qui maximisaient la représentation des tribus bédouines.

M. Al-Khasawneh travaillait à un projet de loi destiné à équilibrer la représentation, mais son initiative s'est heurtée à l'opposition des puissants services de sécurité et des chefs de tribu conservateurs.

Awn al-Khasawneh a démissionné parce qu'il était mécontent que le roi veuille que le Parlement prolonge sa session pour débattre de la loi électorale, selon un responsable.

«Il voulait un mois de pause pendant lequel le Parlement aurait été en congé, puis serait revenu pour une session extraordinaire pendant l'été afin de débattre des lois de réforme», a dit ce responsable sous le couvert de l'anonymat. «Le roi voulait que le Parlement continue de travailler au même rythme jusqu'à ce que les lois soient débattues et adoptées.»

Le nouveau premier ministre formera son cabinet au début de la semaine prochaine, a indiqué ce responsable.