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26/04/2012 12:47 EDT | Actualisé 26/06/2012 05:12 EDT

Démission du Premier ministre jordanien Aoun Khassawneh

Le Premier ministre jordanien Aoun Khassawneh, présenté à son arrivée il y a six mois comme "la dernière chance" pour des réformes de fond, a démissionné jeudi sans donner d'explication, et a été rapidement remplacé par un ancien chef du gouvernement, Fayez Tarawneh.

Les islamistes, principale force d'opposition, ont estimé que ce changement montrait l'absence de volonté de mener les réformes promises et ouvrait une période de grande incertitude.

M. Khassawneh était en Turquie jeudi quand un communiqué du palais a annoncé que le roi Abdallah II avait accepté sa démission. Selon des sources locales, c'est le ministre de la Justice, Ibrahim Jazi, qui a déposé la lettre de démission au palais.

Selon un haut responsable jordanien, M. Khassawneh est remplacé par M. Tarawneh, 63 ans, qui a été Premier ministre et chef du palais royal à la fin des années 1990.

A son arrivée à la tête du gouvernement en octobre, M. Khassawneh, un juge de 62 ans qui a été vice-président de la Cour internationale de justice, avait assuré avoir "reçu les garanties du roi" qu'il aurait "pleine souveraineté" en tant que Premier ministre pour mener les réformes attendues par la rue.

Le pays connaît en effet des manifestations régulières depuis janvier 2011 -- d'une ampleur nettement moindre que ses voisins touchés par le Printemps arabe -- réclamant des réformes politiques et économiques ainsi que la fin de la corruption, sous la houlette de l'opposition.

Les manifestants réclament en particulier que le chef du gouvernement soit issu de la majorité parlementaire et non pas désigné par le roi.

Nommé en remplacement de Maarouf Bakhit, lui-même parti sans avoir pu engager les réformes promises à son arrivée en février 2011, M. Khassawneh avait été présenté dans les milieux politiques comme la "dernière chance" pour des réformes de fond.

"Indépendamment de la manière dont il a démissionné, son départ montre que la souveraineté dont le Premier ministre avait parlé n'existe pas en Jordanie", a déclaré Zaki Bani Rshied, chef du bureau politique du Front d'action islamique (FAI), le parti des Frères musulmans.

"Cela révèle le niveau des luttes de pouvoir au sein de l'Etat. Malheureusement, les services de sécurité (et leurs importants pouvoirs) l'ont emporté", a-t-il ajouté, prévenant que s'ouvrait désormais "une phase pleine d'incertitude politique".

"Tous ces discours sur les réformes que l'on a entendus ne voulaient rien dire. Nous avons la preuve qu'il n'y a aucune volonté d'engager des réformes (...) Le pays se dirige vers de nouveaux échecs", a insisté le responsable du FAI, dont la formation avait refusé de participer au gouvernement de M. Khassawneh.

Pour Mohamed Masri, analyste politique à l'Université de Jordanie, la décision du roi est "surprenante et étrange". De plus, le nouveau Premier ministre n'a pas l'aura nécessaire pour introduire les réformes, et il "n'est pas connu pour être un homme politique à l'esprit ouvert".

Ces dernières semaines, l'opposition s'est mobilisée contre un projet de nouvelle loi électorale qui introduit une dose de proportionnelle et augmente le nombre de sièges réservé aux femmes mais continue selon elle de favoriser l'élection de députés loyalistes non représentatifs.

Les dernières manifestations ont aussi dénoncé l'arrestation de certains opposants, ainsi que l'absence de mesures significatives contre la corruption dans ce petit pays de 6,5 millions d'habitants, dont 70% ont moins de 30 ans.

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