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26/04/2012 06:41 EDT | Actualisé 26/06/2012 05:12 EDT

Des dizaines de milliers de Norvégiens défient Anders Breivik en chantant

OSLO - Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans plusieurs villes de la Norvège, jeudi, pour défier Anders Breivik en entonnant une chanson pour enfants qui, selon le tueur d'Utoya, sert à laver le cerveau des petits Norvégiens.

Au même moment dans la capitale, des victimes de l'attentat d'Oslo témoignaient au neuvième jour du procès d'Anders Breivik.

Sur la place Youngstorget, dans le centre d'Oslo, quelque 40 000 personnes se sont massées sous des parapluies et ont entonné en choeur les «Enfants de l'arc-en-ciel», une chanson des années 1970 de l'artiste Lillebjorn Nilsen. La foule a ensuite marché jusqu'au tribunal, déposant un tapis de roses rouges et blanches sur les marches et les barrières métalliques devant le palais de justice.

Dans d'autres grandes villes, des chanteurs improvisés avaient aussi bravé la pluie, inspirés par un mouvement lancé sur le réseau social Facebook. «Nous allons vivre ensemble, chaque soeur, chaque frère, toi et moi, jeunes enfants de l'arc-en-ciel», proclament les paroles de la chanson.

La manifestation se voulait un acte de défi envers Anders Breivik. La semaine dernière, devant le tribunal, l'auteur avoué de l'attentat et de la tuerie du 22 juillet en Norvège avait cité la chanson comme un exemple de la façon dont les «marxistes culturels», comme il les appelle, auraient infiltré les écoles du pays et affaibli la société norvégienne. Selon lui, la chanson «Enfants de l'arc-en-ciel» sert à laver le cerveau des jeunes Norvégiens pour qu'ils soutiennent l'immigration.

L'extrémiste de 33 ans a reconnu être l'auteur de l'attentat à la bombe dans la capitale et de la fusillade dans l'île d'Utoya, qui ont fait 77 morts. Il affirme avoir voulu viser le Parti travailliste au pouvoir, dont il dénonce la politique en matière d'immigration, et protéger la Norvège d'une prétendue invasion musulmane.

Choqués par les provocations d'Anders Breivik, qui n'a exprimé aucun remords devant la cour, de nombreux Norvégiens ont décidé que le meilleur moyen de lui répondre était d'exprimer leur engagement en faveur de tout ce qu'il méprise et manifester ainsi pour la tolérance et la démocratie.

«Nous sommes une majorité calme qui reste parfois un peu trop calme», a observé Shoaid Sultan, du Centre norvégien contre le racisme. Mais c'est «important de faire preuve de tolérance», a-t-il souligné.

Eskil Pedersen, chef des jeunes militants travaillistes, visés par le tueur dans l'île d'Utoya, a dit devant la foule que la chanson avait une importance particulière pour son mouvement. «Nous ne sommes pas là à cause de lui mais les uns pour les autres», a-t-il dit.

Pendant ce temps, Anders Breivik écoutait, toujours impassible, les témoignages de rescapés de l'attentat à la voiture piégée qui a secoué le siège du gouvernement quelques heures avant que la tuerie dans l'île d'Utoya, où se déroulait le camp d'été des jeunes travaillistes. Déguisé en policier et lourdement armé, il avait tiré sur les participants, abattant des dizaines de personnes, dont de nombreux adolescents.

Anne Helene Lund, une jeune femme de 24 ans qui a témoigné jeudi, se trouvait à sept mètres de l'explosion à Oslo. Elle a passé un mois dans le coma. Quand elle en est sortie, elle souffrait d'amnésie et avait oublié le nom de ses parents.

«J'ai étudié les sciences politiques pendant trois ans, et aujourd'hui je dois réapprendre les études sociales au niveau du secondaire», a-t-elle raconté à la barre. Son père, Jan Henrik Lund, a également témoigné, essayant de retenir ses larmes alors qu'il décrivait les blessures de sa fille.