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26/04/2012 07:07 EDT | Actualisé 26/06/2012 05:12 EDT

Charles Taylor reconnu coupable de crimes de guerre en Sierra Leone

LEIDSCHENDAM, Pays-Bas - Dans un jugement historique, le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) a reconnu jeudi l'ancien président du Liberia, Charles Taylor, coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité pour avoir soutenu, en échange de «diamants du sang», les rebelles sierra-léonais qui ont perpétré des atrocités pendant la guerre civile.

Le président du tribunal, Richard Lussick, a fixé une prochaine audience pour déterminer la peine, le 16 mai, en précisant que celle-ci serait annoncée deux semaines plus tard. Charles Taylor purgera ensuite sa peine au Royaume-Uni.

Premier ancien chef d'État africain à comparaître devant un tribunal international, Charles Taylor est aussi devenu le premier chef d'État reconnu coupable par la justice internationale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le seul autre à avoir été condamné par la justice internationale, en l'occurrence par le tribunal militaire de Nuremberg, est le commandant en chef de la marine allemande, Karl Dönitz, qui a brièvement dirigé l'Allemagne après le suicide d'Adolf Hitler.

«Cette journée est historique pour le peuple de Sierra Leone, qui a souffert horriblement entre les mains de Charles Taylor et de ses forces par procuration», a déclaré la procureure Brenda Hollis. «Ce jugement apporte une certaine justice aux milliers de victimes qui ont payé un prix terrible pour les crimes de M. Taylor.»

Les procureurs et les avocats de la défense ont indiqué qu'ils étudieraient le jugement en détail pour voir s'il y a des éléments permettant de faire appel.

L'avocat de Charles Taylor, Courtenay Griffiths, a critiqué le jugement, affirmant que les procureurs avaient payé pour obtenir certaines preuves présentées.

Le président du tribunal a déclaré que les procureurs avaient prouvé au-delà du doute raisonnable que Charles Taylor était «criminellement responsable» d'avoir aidé et soutenu les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) pendant la guerre civile de 1991-2002 en Sierra Leone. Il a évoqué un soutien «durable et significatif», notant que l'ancien seigneur de la guerre, devenu président du Liberia, avait fourni aux rebelles des armes, des munitions et du matériel de communication et de planification.

Mais les juges n'ont pas retenu sa responsabilité dans le processus de commandement, estimant qu'il n'avait pas de contrôle direct sur les rebelles qu'il soutenait.

Charles Taylor, âgé de 64 ans, est resté impassible quand il a appris qu'il était reconnu coupable des 11 chefs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité portés contre lui. Il a notamment été déclaré coupable de meurtre, de torture et d'exploitation d'enfants-soldats en échange de diamants extraits illégalement.

L'ancien président libérien a toujours clamé son innocence, affirmant qu'il était un homme d'État et un pacificateur en Afrique de l'Ouest.

À Freetown, en Sierra Leone, plusieurs milliers de personnes ont célébré l'annonce de la condamnation de Charles Taylor.

Jusu Jarka, président d'une association d'amputés, a perdu ses deux bras dans la guerre en 1999. Il s'est dit heureux que le tribunal ait jugé Charles Taylor «responsable des crimes commis contre le peuple de Sierra Leone».

Sur une banderole, on pouvait lire l'inscription: «Honte à toi Charles Taylor. Donne-nous tes diamants avant d'aller en prison».

À Washington, la porte-parole du département d'État, Victoria Nuland, a salué le verdict, qualifiant le jugement de «pas important pour rendre la justice aux victimes et rétablir la paix et la stabilité dans le pays et la région».

«Ce jugement a une portée universelle: qu'un ancien dictateur soit ainsi reconnu coupable de tels crimes constitue un précédent historique que la France salue», a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé. «Ce jugement doit contribuer au processus de réconciliation déjà engagé et au renforcement de la stabilité en Sierra Leone.»

La guerre civile en Sierra Leone, qui a pris fin en 2002, a fait plus de 50 000 morts. De très nombreux survivants portent des cicatrices de la guerre, tant sur le plan moral que physique. Les rebelles sierra-léonais se sont rendus tristement célèbres en coupant les bras de leurs victimes.