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L'équilibre budgétaire sera atteint mais cela fera mal, prévient Kevin Page

OTTAWA - Le frein appliqué aux dépenses publiques permettra probablement aux gouvernements du pays d'atteindre l'équilibre budgétaire, mais cela entraînera aussi un ralentissement de la croissance économique et la perte de 100 000 emplois, a prévenu mercredi le directeur parlementaire du budget.

Le plus récent rapport économique et fiscal publié par Kevin Page étonne, en convenant que le gouvernement Harper réussira à équilibrer le budget en 2015-2016 — et même possiblement un an plus tôt. Il prévient toutefois que les restrictions budgétaires ont un prix: les mesures adoptées par Ottawa retrancheront 52 milliards $ à l'économie, et celles des provinces un 9 milliards $ supplémentaire.

«Le DPB (directeur parlementaire du budget) s’attend à ce que la restriction et les réductions des dépenses de programmes du gouvernement au Canada freinent la croissance économique et la création d’emplois, creusant davantage l’écart entre le rendement réel de l’économie et son rendement potentiel, et retardant la reprise économique», écrit l'agence fédérale indépendante du gouvernement.

M. Page doit témoigner ce jeudi devant le comité des finances de la Chambre des communes, et évite les médias avant de rencontrer les députés. Son rapport a toutefois été mis en ligne.

Le document précise qu'il utilise les multiplicateurs de Finances Canada pour formuler ses prédictions en ce qui touche les emplois et la croissance, et qu'il croit le gouvernement sur parole concernant le frein aux dépenses et l'abolition de 19 000 postes au sein de la fonction publique.

La prudence annoncée par Ottawa et les réductions aux dépenses de programmes réduiront son rôle au sein de l'économie à 5,5 pour cent en 2016-2017, comparativement à 7,3 pour cent actuellement.

Cela aura un impact direct sur l'économie, prévient M. Page.

Les restrictions et les réductions des dépenses prévues réduiront la croissance économique de 0,3 pour cent cette année et de 0,88 pour cent en 2014.

L'économie canadienne, conséquemment, connaîtra une croissance de seulement 1,6 pour cent en 2013, soit huit dixièmes de point de moins que ce qui est prévu par la Banque du Canada et le secteur privé.

Sur le marché du travail, les restrictions se traduiront par 18 000 emplois de moins cette année et 108 000 emplois de moins en 2015. La plupart de ces pertes découlent des décisions fédérales, même si les restrictions provinciales auront aussi un impact.

Le taux de chômage, qui est actuellement de 7,2 pour cent, passera à 7,9 pour cent en 2013, prédit le rapport.

Ces deux scénarios sont nettement plus pessimistes que le consensus des économistes, une situation que le DPB attribue aux restrictions du secteur privé et à une adaptation aux risques économiques.

Mais selon l'économiste en chef de la Banque TD, Craig Alexander, ils sont trop pessimistes.

«Je suis totalement en accord avec la conclusion à l'effet qu'il y aura une grande érosion fiscale des revenus (gouvernementaux); la vraie question est de savoir à quel point le secteur privé sera vigoureux», a-t-il affirmé. «Au cours des dernières années, le DPB s'est montré plus pessimiste dans ses prévisions économiques.»

Les réductions de dépenses et les coupes au sein de la fonction publique — surtout fédérale — auront toutefois l'effet recherché dans les finances gouvernementales.

M. Page prédit que le gouvernement Harper réussira à équilibrer le budget en 2015-2016, comme il le souhaite, et qu'il pourrait même y parvenir un an plus tôt. De plus, Ottawa engrangera un solide surplus de 10,8 milliards $ en 2016-2017, soit environ 3 milliards $ de plus que ce que prédit le budget Flaherty.

Le DPB a fréquemment critiqué les prédictions fiscales trop roses d'Ottawa, mais semble maintenant être essentiellement sur la même longueur d'ondes que le gouvernement. De plus, l'agence croit que le gouvernement fédéral pourrait éliminer son déficit structurel sous-jacent dès l'an prochain, et que seule la faiblesse de l'économie sera responsable de la présence d'un déficit pendant encore quelques années.

«L’amélioration envisagée du solde budgétaire du gouvernement à moyen terme est principalement attribuable aux mesures prises pour restreindre et réduire les dépenses de programmes directes; elle est donc de nature structurelle», précise le document.

Dans un second rapport publié sur son site Internet, le DPB a reproché au gouvernement d'être démesurément opaque. Il a également demandé d'obtenir de l'information sur les moyens qu'Ottawa compte mettre en oeuvre pour réduire les dépenses, afin que les députés puissent déterminer quel sera leur impact sur les services publics.

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