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23/04/2012 09:32 EDT | Actualisé 23/06/2012 05:12 EDT

A Bentiu, sous les Antonov, le spectre d'une nouvelle guerre Nord-Sud

Fusils en l'air, chants révolutionnaires aux lèvres, à Bentiu, capitale bombardée de l'Etat sud-soudanais d'Unité, les soldats de Juba se disent prêts, s'il le faut, à une nouvelle guerre contre le Soudan.

"Nous tuerons même nos frères" s'ils ne sont pas loyaux au Sud, scandent les soldats de la jeune nation. Malgré des semaines d'affrontements avec les troupes du Nord dans la région pétrolière frontalière de Heglig, à une soixantaine de km plus au nord, ils ont visiblement encore assez bon moral.

Les armées de Juba et de Khartoum s'affrontent depuis fin mars dans cette zone revendiquée par les deux pays, menant les plus graves combats depuis que le Soudan du Sud a accédé à l'indépendance en juillet 2011. Mais les combats se sont encore aggravés quand l'armée sud-soudanaise s'est emparée de Heglig, le 10 avril, en chassant les troupes soudanaises et déclenchant la fureur de Khartoum.

Heglig est pour le gouvernement soudanais ancrée en territoire soudanais. Le champ pétrolier qui s'y trouve assurait avant les combats la moitié au moins de la production de brut du Nord. Il est donc capital pour Khartoum qui, à la partition du Soudan, a déjà vu les trois quarts de ses réserves pétrolières passer sous le contrôle de Juba.

A l'hôpital militaire de Bentiu, des soldats blessés, revenus du front, se reposent sur des matelas étalés dehors.

"Ils sont venus en nombre", raconte l'un d'eux, Samuel Bol, en référence aux troupes de Khartoum. Lui-même a été blessé par balle à la main par des soldats soudanais alors qu'il se retirait de Heglig avec ses camarades d'unité. Des chasseurs et avions bombardiers Antovov soudanais ont pilonné autour d'eux, faisant plusieurs blessés.

Le retrait sud-soudanais de Heglig, réclamé par la communauté internationale, inquiète du risque croissant de nouvelle guerre ouverte Nord-Sud, n'aura finalement pas vraiment apaisé les tensions entre les deux voisins. Samuel Bol affirme même que Khartoum ne cesse de gonfler les rangs de ses hommes et de ses milices alliées.

A une trentaine de km de la frontière, dans un camp militaire, un jeune soldat du Sud tire, lui, fièrement sur le revers du manteau de laine de l'armée soudanaise qu'il porte sous un soleil de plomb. "J'ai juste pris ça, et quelques (munitions) pour combattre l'ennemi", dit-il en paradant avec son trophée autour de la base.

Des groupes de soldats attendent à l'ombre, entourés de tas de bottes, matelas et armes. "Il y a des troupes fraîches, et ils peuvent partir se battre" en cas de besoin, affirme le capitaine Kuer Juach Atem en les montrant du doigt.

La population de Bentiu, elle, exprime colère et angoisse à la perspective d'une nouvelle guerre Nord-Sud.

Avant les accords de paix de 2005, qui ont ouvert la voie à l'indépendance du Soudan du Sud l'an dernier, les deux parties se sont déjà livré des décennies de guerre civile. La dernière vague du conflit, de 1983 à 2005, a fait quelque 2 millions de morts.

"Je crains que, même si on leur donne Heglig, il y ait tout de même une guerre," glisse un commerçant, Suleiman Ibrahim Ali, "je ne suis pas le seul -- tout le monde a peur des Antonov", qui ont encore bombardé Bentiu lundi, visant un pont et un marché et tuant au moins deux personnes dont un enfant.

"On ne peut pas nier ce que la communauté internationale nous dit -- nous sommes un petit pays, nous n'avons aucun pouvoir," renchérit un étudiant, Peter Riek. "Même quand nous arrêtons la guerre, ils viennent ici nous bombarder."

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