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22/04/2012 04:11 EDT | Actualisé 21/06/2012 05:12 EDT

Dans la jungle centrafricaine, l'armée ougandaise traque Kony et sa LRA

Le lieutenant Kasim Lukumo s'arrête un court instant et montre l'épaisse jungle centrafricaine. "Vous voyez comme il peut être difficile de trouver quelqu'un qui essaie de vous échapper?" dit-il en ajustant son fusil automatique.

"On ne voit pas à plus de quelques mètres," poursuit le soldat, la barbe mal rasée perlée de gouttes de sueur. S'il y a une ligne de front dans le combat qui oppose l'armée ougandaise à Joseph Kony et son Armée de libération du seigneur (LRA), Lukumo et les soixante autres hommes de l'unité 77-Juliet sont dessus.

L'Ouganda a déployé des douzaines d'unités pour traquer la sanguinaire rébellion. Appuyées depuis fin 2011 par une centaine de membres des forces spéciales américaines, les troupes ougandaises sont présentes en Centrafrique mais aussi au Soudan du Sud.

La LRA avait été chassée en 2006 d'Ouganda, où elle avait été créée à la fin des années 80.

La rébellion, sinistrement réputée pour ses enlèvements d'enfants transformés en combattants ou en esclaves et pour ses mutilations de civils, opère désormais depuis les autres pays de la région --Centrafrique, Soudan du Sud et République démocratique du Congo (RDC), où l'Ouganda n'a pas la permission d'intervenir.

Le mois dernier, une vidéo controversée de l'ONG américaine Invisible Children sur le criminel de guerre -- Joseph Kony est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) -- a jeté un coup de projecteur sur ses activités, faisant sensation sur internet.

L'ONG avait d'ailleurs appelé à une journée d'action internationale ce vendredi, invitant ses soutiens à envoyer des courriers à leurs élus et descendre dans les rues pour promouvoir la campagne contre Kony.

Ces deux derniers mois, 77-Juliet a parcouru un millier de kilomètres de jungle, sur un territoire peu peuplé, traversé par deux rivières et où l'armée ougandaise pense que Joseph Kony et ses principaux commandants se cachent.

Chaque jour, avant l'aube, l'unité lève le camp où elle s'est installée la veille et attend de recevoir, d'officiers de renseignement postés à une centaine de kilomètres plus loin, les coordonnées de l'endroit où elle devra se rendre dans la journée.

L'objectif est de ne laisser aucun répit à Kony et ses hommes, les empêcher de se réapprovisionner. L'armée ougandaise assure que la tactique est efficace.

"L'homme est affaibli -- il sent la pression et est en mauvaise condition parce qu'il n'a plus de réserve, plus de nourriture," affirme Daud Muhamad, le commandant de 77-Juliet.

Selon l'armée ougandaise, les hommes de la LRA ne seraient pas plus de 120 dans le coin. Une centaine de femmes et d'enfants enlevés se trouveraient avec eux, mais la LRA aurait arrêté ici d'attaquer les communautés locales et survivrait de ce qu'elle peut pêcher ou chasser.

Les rebelles ont reçu pour consigne de leurs chefs "de ne pas se battre contre nous et de s'enfuir s'ils nous voient -- ils sont difficiles à attraper," reconnaît Daud Muhamad. Le commandant fait partie de la force ougandaise qui traque Kony depuis que Kampala a bombardé le camp des rebelles en République Démocratique du Congo il y a plus de trois ans.

Près de la frontière congolaise, de petits groupes de la LRA auraient en revanche recommencé à attaquer des civils, faisant craindre une tentative d'avancée des rebelles vers le sud.

Fin mars, l'Union africaine (UA) a annoncé une coordination de forces régionales pour traquer la LRA. Mais l'opération est encore peu visible sur le terrain.

Jusqu'ici, les soldats de 77-Juliet disent ne pas avoir vu non plus les renforts Américains. Mais ils affirment communiquer régulièrement avec leurs avions de surveillance et que la présence américaine leur regonfle le moral.

Pour Joseph Balikudembe, commandant en chef de l'opération ougandaise, l'aide américaine, l'affaiblissement de la LRA et les unités de traque mises en place par Kampala pourraient à elles trois faire la différence.

"La combinaison peut vraiment nous aider à affaiblir et éliminer la LRA," estime-t-il depuis la principale base opérationnelle ougandaise, à Nzara au Soudan du Sud. "Nous devons continuer à travailler ensemble pour (...) éradiquer la menace."

del/aud/ej