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17/04/2012 02:33 EDT | Actualisé 16/06/2012 05:12 EDT

Yémen: la transition à l'épreuve d'Al-Qaïda et de l'ex-président

La transition politique au Yémen est fragilisée par une vague de violence meurtrière liée à Al-Qaïda et une présence jugée encombrante de l'ex-président Ali Abdallah Saleh, estiment des analystes.

Le président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui a succédé en février à M. Saleh en vertu de l'accord de sortie de crise conclu le 23 novembre, peine à imposer son autorité notamment dans le domaine de la sécurité, une priorité pour une normalisation de la vie politique et économique.

Deux généraux proches de l'ex-président continuent de défier la récente décision de M. Hadi de les limoger dans le cadre d'une restructuration des forces armées, divisées depuis l'an dernier entre partisans et adversaires de M. Saleh, forcé au départ après 33 ans au pouvoir.

"Le principal obstacle réside dans la restructuration de l'armée sous un commandement unifié pour rétablir la stabilité du pays et pouvoir ainsi réduire les activités d'Al-Qaïda", qui élargit son influence dans le pays, indique à l'AFP le président du Centre yéménite des études stratégiques, Mohamed Afandi.

Le camp de M. Saleh est soupçonné d'aider en sous-main les insurgés islamistes pour entraver la transition, après s'en être longtemps servi comme d'un épouvantail afin de se maintenir au pouvoir, estime-t-on dans les milieux politiques.

Al-Qaïda a d'ailleurs nettement intensifié ses attaques depuis l'élection de M. Hadi le 21 février et des combats qui ont fait plus de 200 morts l'opposent actuellement à l'armée et ses supplétifs dans la province sudiste d'Abyane.

"L'ancien régime aide Al-Qaïda pour entraver l'action du gouvernement et la transition", affirme M. Afandi, estimant que les proches de M. Saleh "doivent se rendre à l'évidence que leur rôle est terminé".

Le limogeage des deux proches de M. Saleh est "un clair progrès car il relance le processus politique et redonne confiance dans les instances de sécurité", estime de son côté Ibrahim Sharqieh, un expert des crises internationales au Doha Brookings Center.

Cette mesure, même sans effet dans l'immédiat, "rend la transition plus crédible d'autant qu'elle a été prise par un président élu et bénéficiant d'une légitimité locale et internationale", ajoute-t-il.

M. Hadi jouit de l'appui des parrains de l'accord de transition (monarchies du Golfe, Etats-Unis et Union européenne), qui lui ont réitéré la semaine dernière leur soutien pour aller de l'avant avec ses réformes.

Mais M. Saleh, qui a obtenu l'immunité pour lui-même et ses proches et a refusé selon des diplomates un exil volontaire à l'étranger, ne cesse de rappeler qu'il demeure un acteur incontournable de la vie politique et continue de présider le Congrès populaire général (CPG, ancien parti au pouvoir).

"Le Yémen ne sera jamais stable sans un rôle actif des dirigeants et des bases du CPG", a-t-il averti dans un récent communiqué sur le site internet de son parti, accusant ses adversaires, aujourd'hui les partenaires du CPG au gouvernement d'entente nationale, de chercher à "mener le Yémen vers une sédition généralisée".

"La simple présence au Yémen de Saleh, qu'il soit influent ou pas, jette un doute sur la transition politique", estime M. Sharqieh, ajoutant à l'AFP que "sa présence et l'immunité dont il bénéficie créent une crise de confiance entre les nouvelles autorités et l'opinion publique".

Il estime que "l'option sécuritaire" choisie par les nouveaux dirigeants et "l'implication des Etats-Unis dans la lutte contre Al-Qaïda aggravent la crise et confèrent une légitimité à Al-Qaïda".

Selon l'analyste, le nouveau gouvernement doit oeuvrer à une solution politique, promouvoir une décentralisation et surtout "relancer l'économie" en mettant à profit la réunion des "Amis du Yémen", prévue le 23 mai à Ryad, pour obtenir une aide d'urgence, estimée par des experts yéménites à 5 milliards de dollars sur trois ans.

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