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17/04/2012 12:56 EDT | Actualisé 17/06/2012 05:12 EDT

Norvège: Breivik n'exprime aucun remords pour les attaques d'Oslo et d'Utoya

OSLO - Si c'était à refaire, il le referait. Au deuxième jour de son procès, Anders Behring Breivik a pris longuement la parole pour justifier l'attentat d'Oslo et la tuerie d'Utoya, qui ont fait 77 morts le 22 juillet dernier, et demander son acquittement.

«Je le referais», a déclaré l'accusé, qui a lu devant la cour une déclaration qu'il avait préparée, fustigeant la politique des gouvernements norvégien et européens et les accusant de favoriser l'immigration ainsi que le multiculturalisme. Un monologue dans lequel il a paru se glorifier d'avoir mené les attaques les plus «spectaculaires», selon lui, d'un militant nationaliste depuis la Seconde Guerre mondiale.

Comme la veille, Anders Breivik a fait un salut le poing fermé à son arrivée dans la salle d'audience. Il a dit parler en tant que commandant d'un mouvement norvégien et européen de résistance «anticommuniste» et d'un groupe opposé à l'islam appelé les Chevaliers templiers. Il a assuré que cette organisation existait et possédait encore deux cellules en Norvège, mais l'accusation a réitéré sa conviction selon laquelle cette organisation est une invention. L'accusation compte revenir sur la question mercredi.

Anders Breivik, qui reconnaît les faits dont on l'accuse mais qui a plaidé non coupable lundi, a affirmé qu'il avait agi pour faire «le bien, pas le mal» afin d'empêcher une guerre civile. Aux procureurs qui lui demandaient de s'expliquer sur ce point, il a comparé ses attaques aux bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki par les Américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale. «Ils l'ont fait pour quelque chose de bien, pour empêcher la poursuite de la guerre», a-t-il dit.

Selon lui, l'Europe de l'Ouest est progressivement passé sous l'emprise «des marxistes et des multiculturalistes» après la Seconde Guerre mondiale, faute de responsables «anticommunistes», comme le sénateur américain Joseph McCarthy dans les années 1950. «Mais même McCarthy était trop modéré», a-t-il estimé.

Dans sa déclaration, il a aussi comparé les jeunes du Parti travailliste norvégien aux jeunesses hitlériennes, qualifiant leur rassemblement annuel de camp d'«endoctrinement». Il a néanmoins reconnu ensuite qu'il aurait préféré attaquer une conférence de journalistes norvégiens, mais qu'il n'avait pu mener cette «opération».

«Les attaques du 22 juillet constituaient une frappe préventive. J'ai agi en état de légitime défense au nom de mon peuple, ma ville, mon pays», a-t-il conclu au terme de sa déclaration, un résumé du manifeste de 1500 pages qu'il avait mis en ligne avant les attaques. «Je demande donc à être déclaré innocent des présentes charges.»

Cinq jours d'audience doivent être consacrés au témoignage d'Anders Breivik, qui devra expliquer pourquoi il a fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo avant de se rendre, déguisé en policier, sur l'île d'Utoya et d'abattre par balles des dizaines de personnes qui participaient à un camp d'été des jeunes travaillistes.

La juge Wenche Elisabeth Arntzen l'a interrompu à plusieurs reprises pour lui demander d'être plus bref. Le jeune homme a répondu qu'il était d'une «importance cruciale» qu'il puisse s'expliquer. Mette Yvonne Larsen, une avocate des parties civiles, est aussi intervenue pour rapporter qu'elle avait reçu des plaintes de victimes qui craignent que l'accusé ne transforme son procès en tribune pour exposer ses thèses. La juge a encore tenté d'abréger la déclaration d'Anders Breivik, mais il a prévenu qu'il risquait de ne plus parler du tout si on ne le laissait pas finir.

La déclaration de l'accusé a été retardée par la récusation de l'un des juges non professionnels du procès. Thomas Indreboe s'est récusé à la demande de l'ensemble des parties pour avoir déclaré sur Internet, au lendemain des attaques, que le suspect méritait la peine de mort.

Anders Breivik est jugé par cinq juges, deux professionnels et trois non professionnels, des élus locaux qui sont nommés pour quatre ans et qui participent au même titre que les magistrats à la décision du tribunal. Ce système permet à des citoyens ordinaires de jouer un rôle dans le système judiciaire norvégien. Thomas Indreboe devait être remplacé par Elisabeth Wisloeff.

Lundi, à l'ouverture de ce procès attendu par toute la Norvège, Anders Behring Breivik avait contesté d'emblée l'autorité du tribunal et plaidé non coupable, invoquant la légitime défense.

L'attentat d'Oslo a fait huit morts, tandis que l'attaque dans l'île d'Utoya a coûté la vie à 69 personnes, en majorité des jeunes. Breivik encourt un maximum de 21 ans de prison ou une peine alternative d'incarcération qui peut être prolongée tant qu'il sera considéré comme une menace pour la société.