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17/04/2012 09:46 EDT | Actualisé 17/06/2012 05:12 EDT

Mali: un Premier ministre de transition nommé après une vague d'arrestations

L'astrophysicien malien de renommée internationale Cheick Modibo Diarra a été désigné mardi Premier ministre de transition peu après une vague d'arrestations d'hommes politiques et de chefs militaires menées par des hommes armés de l'ex-junte militaire qui n'entend pas être écartée.

La priorité de M. Diarra, à la fois malien et citoyen américain, sera de tenter de résoudre la crise dans le Nord où, à la faveur d'un coup d'Etat le 22 mars, des rebelles touareg, des mouvements islamistes et divers groupes criminels, ont mené une offensive foudroyante et occupent depuis fin mars cette immense région aride.

Nommé par le président par intérim Dioncounda Traoré, investi le 12 avril, Cheick Modibo Diarra (60 ans), leader de Microsoft Afrique qui avait participé à un programme de la Nasa, l'agence spatiale américaine, s'est lancé en politique en 2011 en créant un parti en vue la présidentielle de 2012 annulée de facto par le coup d'Etat.

Sa nomination intervient peu après l'arrestation à Bamako par des hommes armés de plusieurs dirigeants politiques et chefs militaires proches de l'ancien président malien Amadou Toumani Touré (ATT) renversé le 22 mars.

Parmi les personnalités arrêtées, figurent Modibo Sidibé, ex-Premier ministre d'ATT, et Soumaïla Cissé, ancien ministre et ex-dirigeant de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa). Tous deux étaient parmi les principaux candidats à la présidentielle initialement prévue le 29 avril.

Modibo Sidibé, Premier ministre d'ATT de 2007 à 2011, avait déjà été arrêté lors du putsch, puis libéré après plusieurs jours d'incarcération, avant d'être de nouveau brièvement interpellé plus tard. Il a cette fois-ci été arrêté lundi soir à son domicile et emmené au camp militaire de Kati, près de Bamako.

Soumaïla Cissé a, quant à lui, été arrêté mardi matin chez lui et blessé au cours de son interpellation, selon son cabinet qui affirme que "le gardien et un de ses neveux" ont également été blessés et le domicile de M. Cissé "vandalisé".

Le directeur général de la police, le général Mahamadou Diagouraga, l'ancien ministre de la Défense, le général Sadio Gassama, et le général Hamidou Sissoko, chef d'état-major particulier d'ATT, ont également été arrêtés lundi soir à leurs domiciles, selon leurs familles.

Interrogé par l'AFP, un officiel proche de l'ex-junte a affirmé: "Le moment venu, on dira ce qu'on leur reproche".

Le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et la République (FDR, partis politiques et organisations de la société civile), a accusé "la junte militaire et ses soutiens civils" de vouloir "instaurer un climat de terreur" et demandé le retour de la junte "dans les casernes".

Le cabinet de Soumaïla Cissé estime que son arrestation "traduit clairement la volonté de la junte de ne point céder le pouvoir aux civils".

L'Union européenne (UE) a exigé la "libération immédiate" des détenus et la France, ancienne puissance coloniale, a dénoncé des "détentions arbitraires".

Les putschistes dirigés par le capitaine Amadou Haya Sanogo avaient accepté sous la pression des voisins du Mali de rendre rapidement le pouvoir aux civils, à la suite d'un accord de sortie de crise signé le 6 avril avec la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Mais pour les observateurs à Bamako, les putschistes, qui avaient obtenu l'amnistie, n'ont jamais envisagé d'être écartés et entendent montrer par ces arrestations qu'il va falloir compter avec eux au cours de la période de transition qui s'ouvre.

L'entourage de Dioncounda Traoré a assuré à l'AFP qu'il n'avait pas été informé que des arrestations allaient se produire.

Son nouveau Premier ministre et le gouvernement qu'il va former auront fort à faire pour tenter de dialoguer avec les groupes armés qui occupent le Nord. De premiers contacts ont déjà été pris avec certains de ces mouvements depuis l'investiture de Dioncounda Traoré. Si le dialogue échoue, ce dernier leur a promis "une guerre totale et implacable".

L'offensive des groupes armés dans le Nord qui, en trois jours, ont pris les principales villes de Tombouctou, Kidal et Gao, tenues aujourd'hui par les islamistes, a pourtant prouvé que l'armée malienne, sous-équipée et démoralisée, n'était guère apte à mener une telle guerre.

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