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17/04/2012 06:11 EDT | Actualisé 17/06/2012 05:12 EDT

Les émeutiers de Port-Saïd devant la justice pour la mort de 75 partisans

LE CAIRE, Égypte - Les partisans accusés d'avoir participé à l'émeute lors du match de soccer le plus meurtrier de l'histoire de l'Égypte ont clamé leur innocence, mardi, dirigeant leur colère contre la police, accusée d'avoir collaboré au meurtre de 75 supporteurs d'une équipe rivale.

Neuf officiers de la police, dont six généraux et un colonel, font partie des 73 accusés dans cette affaire. Les policiers étaient présents lors de l'audience de mardi au Caire, mais ils n'étaient pas détenus dans la cage des accusés comme les civils.

L'éventuelle condamnation des policiers dans ce procès pourrait alimenter les suspicions de ceux qui pensent que le ministère de l'Intérieur a autorisé l'attaque sanglante du 1er février contre les partisans d'un club de soccer avec lequel ils entretiennent une rivalité de longue date.

La plupart des accusés sont des partisans du club Al-Masry, la principale équipe de Port-Saïd, sur la côte méditerranéenne, où l'émeute s'est produite. Les victimes étaient surtout des partisans de l'équipe rivale du Caire, Al-Ahly, dont les supporteurs ont été très impliqués dans le soulèvement populaire qui a mené au renversement du président Hosni Moubarak l'an dernier.

Les survivants de l'attaque affirment que la police a permis aux partisans d'Al-Masry de provoquer un bain de sang. D'autres ont suggéré que des fidèles de l'ancien régime avaient recruté des hommes de main pour infiltrer le stade et tuer des partisans d'Al-Ahly.

«Où est Moubarak?», ont scandé les accusés mardi, reflétant leurs suspicions envers l'ancien régime et le système judiciaire égyptien.

L'audience a eu lieu dans la même salle où Hosni Moubarak a comparu pour la mort de centaines de manifestants durant le soulèvement.

«Nous leur rendrons justice ou nous mourrons comme eux!», ont crié les accusés dans la salle, en référence aux personnes tuées lors de l'émeute.

L'un des accusés a déclaré à la cour qu'il avait été appelé comme témoin par la police, mais qu'il avait plutôt été arrêté. «Ils m'ont trompé et m'ont fait venir comme témoin (...) et m'ont dit que si je dénonçais des gens, je serais libéré», a-t-il déclaré.

À l'extérieur du tribunal, des centaines de partisans d'Al-Ahly brandissaient des photos des victimes et des bannières réclamant justice. D'autres portaient des t-shirts où l'on pouvait lire «Nous avons été tués à Port-Saïd».

La tuerie de 30 minutes au stade de Port-Saïd a commencé quand des partisans d'Al-Masry ont envahi la pelouse quelques secondes après la fin du match.

Ce qui s'est passé ensuite n'est pas très clair, mais selon des témoins et des survivants, les partisans d'Al-Ahly ont été attaqués avec des bâtons, des couteaux, des feux d'artifices et d'autres armes. Certains ont été poussés en bas des gradins. D'autres affirment avoir été déshabillés par des partisans de Port-Saïd, qui auraient gravé des slogans dans leur peau.

L'éclairage du stade a été brusquement fermé et les sorties de secours ont été verrouillées pendant l'émeute, provoquant une bousculade dans un couloir. L'entrée principale du stade, qui était verrouillée de l'extérieur, a été défoncée par la foule.

Des dizaines de personnes sont mortes écrasées dans la mêlée, dont des partisans d'Al-Masry. La plus jeune victime était âgée de 14 ans.

Le procureur Mahmoud al-Hennawy a affirmé mardi que l'attaque avait été «planifiée» par les partisans d'Al-Masry et des hommes de main.

«La fermeture de l'éclairage dans le stade était intentionnelle, et la preuve, c'est que des partisans d'Al-Ahly ont été poussés des gradins et que la principale cause des décès est la présence d'hommes de main», a dit Me al-Hennawy.

Certains partisans sont accusés de meurtre, tandis que les responsables policiers sont accusés d'avoir assisté les assaillants. Ils sont passibles d'une peine de 10 ans de prison.

Le procès doit reprendre le 5 mai.