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17/04/2012 07:02 EDT | Actualisé 17/06/2012 05:12 EDT

La Tunisie renoue avec le pèlerinage juif suspendu après la révolution

La Tunisie s'apprête à renouer avec le pèlerinage annuel juif à la Ghriba, la plus ancienne synagogue d'Afrique sur l'île de Djerba, pour relancer le tourisme et redonner confiance à la communauté juive troublée par l'apparition d'un islamisme radical antisémite dans la foulée de la révolution de janvier 2011.

Le pèlerinage, suspendu en 2011, va reprendre en mai prochain et au moins 500 juifs y sont attendus, a annoncé mardi René Trabelsi, organisateur des festivités annuelles.

"Ce pèlerinage va avoir un impact très important sur le tourisme et sa réussite va attirer des milliers de juifs à l'avenir", a-t-il déclaré à l'AFP.

M. Trabelsi, fils du président de la communauté juive de Djerba, s'exprimait en marge d'une conférence internationale sur le tourisme en Méditerranée, à l'initiative de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT).

Cette conférence portait entre autres sur les retombées des changements accompagnant le "printemps arabe" sur le tourisme dans le bassin méditerranéen.

Le pèlerinage juif avait été suspendu en 2011 en raison des troubles que connaissait la Tunisie dans la foulée de la révolution du 14 janvier qui a chassé l'ancien président tunisien Zine El Abidine Ben Ali.

Selon René Trabelsi, un bon déroulement du pèlerinage cette année "montrera au monde que les Tunisiens acceptent la différence et que la nouvelle Tunisie n'est pas aussi islamiste et radicale que l'on pense".

"C'est un pays qui respecte les minorités religieuses comme toujours", a estimé M. Trabelsi, membre influent de la communauté, qui se dit "prêt à jouer un rôle dans le gouvernement pour aider" son pays.

Il a ajouté avoir fait part de son souhait à Moncef Marzouki, premier président tunisien à visiter récemment la synagogue de Djerba, en signe d'apaisement envers la communauté juive gagnée par l'inquiétude après l'apparition de slogans antisémites.

Moncef Marzouki s'était rendu à Djerba pour commémorer pour la première fois officiellement en Tunisie le 10e anniversaire de l'attentat contre la synagogue. Son geste symbolique avait été qualifié d'"exceptionnel" par la communauté juive, qui a parlé "d'un retour de la confiance".

Le 11 avril 2002, un Tunisien faisait exploser un camion citerne devant la synagogue, tuant 21 personnes dont 14 touristes allemands et deux Français.

L'attentat revendiqué par Al-Qaïda avait eu des retombées dramatiques sur le tourisme qui constitue un moteur de l'économie tunisienne (7% du PIB).

L'inquiètude a gagné la petite communauté juive tunisienne, environ 1.500 personnes dont un millier à Djerba contre 100.000 à l'indépendance en 1956, après la répétition de slogans antisémites dans des manifestations salafistes.

Fin mars, après la multiplication d'incidents du même genre, le représentant de la communauté à Tunis, Roger Bismuth, a déposé plainte.

"Nous avons décidé de saisir la justice pour mettre les officiels devant leurs responsabilités", a dit M. Trabelsi, voyagiste basé en France.

Le chef du gouvernement islamiste Hammadi Jebali présent à la conférence de Djerba a souhaité par avance la bienvenue aux fidèles se rendant à la Ghriba.

"La Tunisie accueillera les pèlerins juifs à Djerba comme à l'accoutumée", a dit M. Jebali promettant de "lutter contre certains comportements", en allusion à celui des extrêmistes salafistes.

"Le gouvernement prend à coeur de protéger la communauté juive" et tient à ce que le pèlerinage de la Ghriba "se déroule naturellement en toute sécurité" dans le cadre du stricte respect de la liberté de culte, a renchéri mardi le ministre du Tourisme Elyés Fakhfakh.

"La Tunisie est aujourd'hui un pays de libertés ouvert à tous", a-t-il assuré.

Le pèlerinage à la Ghriba a lieu à l'occasion de la fête juive de Lag baomer et attirait des milliers de juifs d'Europe, d'Amérique et d'Israël.

kl-Bsh/aub