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17/04/2012 09:27 EDT | Actualisé 17/06/2012 05:12 EDT

Bissau: l'opposition espère profiter du putsch pour écarter l'ex-Premier ministre

L'opposition bissau-guinéenne a adopté une attitude ambiguë face au coup d'Etat du 12 avril, condamnant tardivement les putschistes tout en négociant avec eux, dans l'espoir d'écarter leur grand rival, l'ex-Premier ministre Carlos Gomes Junior, estiment les analystes.

"Il y a contradiction, relève un diplomate en poste à Bissau. Ils négocient et, en même temps, ils condamnent". Mais, dit-il, c'est une "manière de ne pas être perdants face à la communauté internationale" qui a menacé de sanctions, voire de poursuites, les putschistes mais aussi leurs soutiens.

La communauté internationale a unanimement condamné ce énième coup d'Etat en Guinée-Bissau, marqué par l'arrestation du président intérimaire Raimundo Pereira et de l'ancien Premier ministre, Carlos Gomes Junior, favori du second tour de la présidentielle prévue le 29 avril.

Après quatre jours de silence, l'ex-président Kumba Yala, arrivé deuxième au premier tour derrière M. Gomes Junior, a "fermement condamné" lundi le putsch, au nom de cinq candidats de l'opposition qui réclamaient l'annulation du scrutin en invoquant des "fraudes massives".

Il s'est également longuement indigné des accusations proférées par la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) qui avait dénoncé l'attitude "anti-démocratique" des opposants, les menaçant de poursuites judiciaires internationales en cas de soutien avéré au putsch.

En dépit de leurs protestations, les cinq opposants avaient pourtant délégué chacun un proche ou un représentant aux pourparlers avec la junte, qui ont abouti dimanche à un accord sur la dissolution des institutions et la création d'un Conseil national de transition (CNT).

Pour le politologue Fafali Koudawo, recteur de l'Université privée Colinas de Boé à Bissau, "ce coup d'Etat met un terme à l'hégémonie de Carlos Gomes Junior au profit de ses opposants et redistribue les cartes".

"Objectivement, le crime leur profite mais politiquement, il n'est pas correct" devant la communauté internationale, souligne-t-il.

Selon M. Koudawo, l'ancien président Malan Bacaï Sanha, décédé en janvier dernier, "jouait un rôle de modérateur sur la scène politique" alors que Carlos Gomes Junior était "montré très vite en puissance depuis la mort en 2009 du président Joao Bernardo Vieira", assassiné par des militaires.

"La disparition brutale du président Sanha a mis face à face le rouleau compresseur de Gomes, qui ne laisse pas de place à ses adversaires qu'il écrase, et ses opposants qui ont perdu pied", estime M. Koudawo.

Pour Fernando Vaz, porte-parole du groupe de partis qui discutent avec la junte de la transition, "il n'y a aucune contradiction" au sein de l'opposition. "Nous avons tous condamné le coup d'Etat et nous participons aux discussions avec les militaires", déclare-t-il.

Le "retour à l'ordre constitutionnel", exigé par les opposants et promis par les putschistes, "ne signifie pas rendre le pouvoir à l'ancien président intérimaire et à l'ancien Premier ministre, mais à d'autres civils", affirme-t-il.

Lundi, Henrique Rosa, l'un des cinq opposants qui s'étaient présentés à la présidentielle, a affirmé qu'aucun d'eux ne participerai au CNT. Il n'a toutefois pas précisé quelle sera l'attitude de leurs partis respectifs.

Pour Vitor Pereira, porte-parole de Kumba Yala, "ce qui est discuté avec les militaires, c'est le sort de la République". "Le sort de ces deux personnes (le président intérimaire et l'ex-Premier ministre arrêtés) ne nous intéresse pas", assène-t-il, tout en assurant que "les cinq n'iront jamais occuper une fonction sans (passer par) la voie des urnes".

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