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14/04/2012 12:39 EDT | Actualisé 14/06/2012 05:12 EDT

L'ONU envoie des observateurs surveiller la fragile trêve en Syrie

NEW YORK, États-Unis - Le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé samedi à l'unanimité le déploiement d'une première vague d'observateurs chargés de vérifier le respect du fragile cessez-le-feu entré en vigueur jeudi en Syrie. Une trêve d'ores et déjà menacée par un regain de violences, notamment à Homs, qui a fait au moins neuf morts dans tout le pays, selon des militants syriens.

C'est la première fois depuis le début de la crise, il y a plus d'un an, que les 15 membres du Conseil de sécurité parviennent à se mettre d'accord sur une résolution sur la Syrie, sans veto de la Russie et de la Chine.

Le texte appelle toutes les parties à cesser immédiatement "toute violence armée sous toutes ses formes". La résolution demande aussi au gouvernement syrien de mettre en oeuvre le plan de paix en six points de Kofi Annan, l'émissaire de l'ONU et la Ligue arabe, y compris le retrait des troupes et armes lourdes des villes et villages.

La résolution prévoit le déploiement d'une première équipe d'observateurs militaires non-armés comptant jusqu'à 30 membres, qui devront prendre contact avec toutes les parties et commencer à vérifier qu'il existe bien "une cessation complète de la violence armée".

Le Conseil précise qu'il compte immédiatement mettre en place une plus grande mission d'observation de l'ONU après des consultations avec son secrétaire général Ban Ki-moon et le gouvernement de Damas. Le déploiement d'une plus grande force sera "soumis à une cessation soutenue" des violences. Selon son porte-parole Ahmad Fawzi, M. Annan envisage à terme une mission d'environ 250 observateurs.

Membres permanents du Conseil de sécurité, la Russie et la Chine avaient bloqué deux précédents projets de résolution, qui condamnaient la répression sanglante menée par le régime du président Bachar el-Assad qui a fait plus de 9000 morts, selon l'ONU, depuis le début de la contestation contre son régime à la mi-mars 2011. Moscou, l'un des plus fidèles alliés du régime syrien, et Pékin arguaient que ces textes n'étaient pas assez équilibrés et ne mentionnaient pas les attaques des insurgés de l'Armée syrienne libre (ALS).

Lors du débat sur la résolution adoptée samedi, la Russie a présenté un texte alternatif au projet présenté par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, le Portugal, la Colombie et le Maroc. Vendredi soir, elle avait soulevé des questions sur la version définitive, avant que son ambassadeur Vitali Tchourkine n'annonce finalement à la presse avant le vote que Moscou était "satisfait" et voterait "oui".

Le cessez-le-feu, précaire, est au centre du plan Annan de sortie de crise. Il prévoit également un retrait des forces syriennes des centres urbains, non respecté jusqu'à présent par Damas, le déploiement d'observateurs internationaux et l'ouverture de discussions entre le régime alaouite et l'opposition.

La présence d'observateurs pourrait permettre de vérifier de source indépendante la situation sur le terrain, où les informations ne sont données que par le régime ou les militants, Damas empêchant la présence de journalistes étrangers.

Samedi, les plus combats les plus intenses étaient signalés samedi dans la ville de Homs, foyer de la contestation dans le centre du pays, où deux quartiers tenus par l'insurrection, Jouret el-Shayah et Qarabis, ont été bombardés, selon un militant sur place Tarek Badrakhan.

Ces bombardements sporadiques ont commencé vendredi soir et se sont poursuivis samedi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, basé en Grande-Bretagne, qui indique qu'au moins un civil est mort, le premier tué dans un bombardement depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.

L'agence officielle SANA rapportait de son côté que des insurgés avaient tiré des grenades RPG sur le quartier de Zahra, un bastion des partisans du régime alaouite. L'agence affirme que les insurgés ont d'abord lancé deux grenades, et attendu que cela provoque un attroupement pour tirer la troisième, faisant un mort et 12 blessés.

A Alep (nord), quatre personnes ont été tuées quand les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une procession funéraire, selon l'Observatoire. Toujours d'après l'OSDL, les troupes ont mené une vague d'arrestations à Doumair, un faubourg damascène, ouvrant le feu sur une voiture qui a ensuite explosé, faisant un mort et deux blessés. Dans la province de Deraa (sud), des hommes armés ont tendu une embuscade à un véhicule qui transportait des soldats, dont deux ont été tués, selon l'Observatoire.

SANA a de son côté rapporté que des insurgés ont enlevé le colonel de l'armée Mohammed Eïd, dans la banlieue de Hama (centre). Elle signalait aussi l'enlèvement d'un homme politique local, Mohammed Ismaïl al-Ahmad, à Tin (nord).

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, tôt jeudi, 17 personnes ont été tuées par les troupes du régime et cinq autres dans d'apparentes attaques de l'insurrection, selon des militants syriens. Ce bilan reste toutefois moins élevé que celui des jours qui ont précédé la trêve, marqués par de violentes offensives du régime.