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14/04/2012 02:22 EDT | Actualisé 13/06/2012 05:12 EDT

Artistique - Zahra, la Princesse des glaces qui venait du désert

Du Rub al Khali, le plus grand désert de sable du monde, à la neige d'avril des Dolomites, Zahra Lari, Emiratie de 17 ans, est la première jeune fille du Golfe à participer à une compétition internationale de patinage artistique, avec un voile islamique sur la tête.

"Chez moi d'habitude, les femmes ne font pas beaucoup de sport, et encore moins du patinage! Je suis la seule Emiratie", raconte Zahra en anglais à l'AFP de sa voix timide. Elle est venue d'Abou Dhabi à Canazei, dans les Alpes italiennes, pour participer à l'European Cup, et espère entraîner dans le sillage de ses patins d'autres adolescentes musulmanes, malgré la géographie et les traditions.

A l'échauffement, au milieu des tutus orange flashy et des collants rose bonbon, Zahra (fleur, en arabe) détonne sur la glace avec ses collants noirs et son jogging blanc siglé UAE (Emirats arabes unis, en anglais), mais surtout son foulard islamique.

Passée la surprise au premier contact, "les autres filles sont très sympas avec moi, je crois qu'elles m'acceptent très bien, tout simplement", dit-elle.

"Je patine avec le hijab, ma tenue s'accorde avec les traditions islamiques", explique-t-elle tranquillement. Elle n'a "pas rencontré de problèmes, les gens sont ouverts, il n'est pas question d'exhibition mais de sport, et mon père est d'accord".

"Il a fallu le convaincre, ajoute sa mère Roquiya, qui a vécu aux Etats-Unis. Au début, il percevait ça comme sa fille dansant devant un public d'hommes ! Puis, il est venu, il a vu qu'elle était belle sur la glace, et il l'aime, il veut qu'elle soit heureuse. Elle est couverte, elle ne fait rien d'anti-islamique."

Musulmane pratiquante, Zahra "encourage les filles émiraties et du Golfe à réaliser leur rêve et à ne laisser personne leur dire de ne pas faire du sport, non seulement du patinage mais tous les autre sports".

Comment une fille du désert arabe a-t-elle découvert le patinage ? Dans un film de Disney, "La princesse de glace" (2005). "Je l'ai vu, oh, bien une centaine de fois, je l'ai adoré! Et je me suis dit: +Voilà ce que je veux faire+", raconte-t-elle dans un sourire éclatant.

Elle avait 14 ans, et a chaussé ses premiers patins sur la patinoire de la Zayed Sports City d'Abou Dhabi. Les championnes les plus prometteuses "commencent à 3 ou 4 ans, explique la Roumaine Noemi Bedo, son entraîneur. Mais elle est très douée, elle est très puissante et saute plus haut que toutes les autres. Moi aussi, je crois aux jeux Olympiques".

Zahra rêve de porter les couleurs des Emirats à Sotchi, en 2014, même si l'objectif est encore loin. La compétition de Canazei n'a pas la valeur des grands prix de l'ISU (Fédération internationale), et elle n'était pas aux Championnats du monde Juniors en février à Minsk.

Elle a terminé dans les 15 premières et estime avoir "beaucoup appris" en Italie. "Je n'ai pas encore l'expérience des autres patineuses, mais je sens que j'ai progressé. Sotchi, si je suis à 100%, je peux y arriver. Sinon, j'essaierai les Jeux de 2018" à Pyeongchang (Corée du Sud), promet Zahra.

Elle se donne les moyens en se levant à 04h30 du matin six jours sur sept pour aller s'entraîner avant ses cours à l'American International School d'Abou Dhabi.

"A 06h00, je suis sur la glace jusqu'à 07h30, puis vers 16h00, je reviens patiner une heure et demie. Ce n'est pas si difficile, assure-t-elle. Mais j'aime ça et je veux réussir."

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