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13/04/2012 12:08 EDT | Actualisé 13/06/2012 05:12 EDT

Tir raté: la Corée du Nord, loin de maîtriser les technologies balistiques

Le tir raté d'un missile Taepodong-2 vendredi par la Corée du Nord montre que Pyongyang est loin de maîtriser les technologies balistiques et peine à apprendre de ses erreurs, estiment des experts interrogés par l'AFP.

+ Qu'est-ce que les Nord-Coréens ont lancé?

Pyongyang n'a pas évoqué le lanceur, se contentant d'affirmer que la fusée Unha-3 devait placer un satellite d'observation civil en orbite. Les Etats-Unis affirment qu'il s'agit d'un missile balistique intercontinental (ICBM) Taepodong-2, susceptible d'emporter à terme une tête nucléaire.

Le Taepodong-2 est une fusée à trois étages d'une portée comprise entre 6.000 et 9.000 kilomètres. Il a déjà été testé en juillet 2006 et en avril 2009 par Pyongyang, qui avait testé en 1998 un missile de portée moindre, le Taepodong-1.

+ Que s'est-il passé?

Le missile a décollé à 07H38:55 vendredi (22H38:55 GMT jeudi) de la base de Tongchang-ri (nord-ouest) et a explosé en vol à 07H41:10 à plusieurs dizaines de kilomètres au sud de son pas de tir, selon le ministère sud-coréen de la Défense.

Le premier étage du missile est tombé à 165 kilomètres à l'ouest de Séoul en mer Jaune, tandis que les deuxième et troisième étages "n'ont pas fonctionné", selon le Commandement américain de la défense aérienne (Norad).

La fusée a explosé à 70,5 km d'altitude, deux morceaux de l'appareil continuant leur ascension jusqu'à 151,4 km avant de retomber en mer.

+ Quelle est la cause de l'échec du tir ?

S'il est trop tôt pour être définitif, "il semble que le problème se situe au niveau de la séparation et de l'allumage du deuxième étage" car le premier étage est tombé là où les Nord-Coréens l'avaient prévu, juge Peter Crail, expert à l'Arms Control Association.

En cela cet échec représente selon lui "un pas en arrière" pour Pyongyang, car les premier et deuxième étages s'étaient séparés correctement lors des précédents essais.

Le problème de la séparation des étages n'est pas rare et tous les pays ayant mis au point des capacités balistiques le rencontrent, insiste Hans Kristensen, de la Fédération des scientifiques américains (FAS). "Si la séparation se produit trop tard ou pas du tout, le deuxième étage s'allume alors qu'il est encore relié au premier et alors tout explose".

+ Que montre le tir raté sur l'état du programme balistique nord-coréen?

Essentiellement, que le développement du programme est "assez erratique" et que les Nord-Coréens ont "des difficultés à apprendre de leur erreurs", selon Peter Crail: en 2006, le second étage du Taepodong-2 provenait d'un missile soviétique Nodong, tandis qu'il s'appuyait sur une base de missile russe SSN-6 en 2009 et vendredi.

"Il est possible que nous en apprenions plus sur leur programme après ce tir que les Nord-Coréens eux-mêmes", juge-t-il, car Américains et Sud-Coréens disposent de meilleures capacités radar pour suivre le tir et tentent de récupérer les débris.

Pyongyang "ne maîtrise pas les procédés industriels tels que le contrôle qualité, l'analyse sur la fiabilité, les systèmes d'intégration et les technologies nécessaires pour le contrôle de l'altitude et de la propulsion", explique de son côté Poornima Subramaniam, analyste chez Jane's.

+ Que recherche la Corée du Nord avec ce programme?

Une puissance balistique nécessite plusieurs années de tests réussis pour être crédible, s'accordent les experts. Or les quatre essais de Pyongyang ont tous été des échecs.

"Ils en ont pour des années avant d'avoir un ICBM fiable", explique Peter Crail. Mais les Nord-Coréens ne sont pas forcément à la recherche de la fiabilité: "ils veulent montrer qu'ils peuvent atteindre les Etats-Unis. Un unique essai réussi peut leur suffire pour établir une dissuasion".

Quant à disposer d'une capacité nucléaire délivrable par missile intercontinental, "cela prendra beaucoup de temps", assure Hans Kristensen.

mra-ddl/sam