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13/04/2012 02:58 EDT | Actualisé 12/06/2012 05:12 EDT

La frontière commune des Soudans au coeur des tensions

La frontière commune des deux Soudans, théâtre d'intenses combats ces derniers jours, continue, neuf mois après l'indépendance du Soudan du Sud, d'être contestée. Son tracé est au coeur de tensions persistantes entre les deux voisins.

Selon un accord de paix signé en 2005, qui a mis fin à 22 ans de guerre civile et ouvert la voix à l'indépendance du Soudan du Sud en juillet dernier, la frontière Nord-Sud est censée être telle qu'elle était au 1er janvier 1956, quand le Soudan s'est affranchi du colonisateur britannique.

Sous domination britannique, le pays était déjà coupé en deux, le Nord et le Sud étant régi par des systèmes administratifs différents.

Mais les nombreuses cartes d'époque sont contradictoires et aucune démarcation n'a jamais été effectuée sur le terrain. Conséquence: au moins un cinquième des 1.800 km de frontière commune, dont des zones fertiles, riches en pétrole ou en minerais, sont aujourd'hui revendiqués à la fois par Khartoum et Juba.

Parmi les régions contestées, Abyei et Heglig ont une grande valeur affective pour chacune des deux parties: de nombreux dirigeants du Sud et du Nord appartiennent à des ethnies qui en sont originaires.

Au coeur des récents combats, la zone de Heglig, prise mardi par l'armée sud-soudanaise aux troupes soudanaises, assure la moitié de la production de brut du Soudan.

La zone est d'autant plus stratégique qu'en juillet 2011, Khartoum a perdu les trois quarts des réserves pétrolières du Soudan d'avant la sécession au profit de Juba.

En 2005, Abyei, dotée d'un statut spécial par l'accord de paix, contenait encore Heglig. Mais une cour internationale d'arbitrage à La Haye en a réduit les contours en 2009, pour notamment en sortir Heglig.

Rien n'a cependant été réglé: Heglig continue d'être revendiquée par les deux partie. Juba assure que la zone, et ses champs pétroliers, étaient au Sud sur les cartes de 1956.

La cour d'arbitrage n'a pas non plus réglé la question du rattachement d'Abyei au Nord ou au Sud.

En janvier 2011, un référendum aurait dû se tenir dans cette région grande comme le Liban, mais le scrutin n'a jamais eu lieu, faute d'accord sur qui pourrait voter.

En mai 2011, l'armée soudanaise s'est emparée de la région, jusqu'alors contrôlée conjointement par des unités spéciales Nord-Sud, provoquant la fuite de quelque 110.000 personnes, parties se réfugier dans des camps au Soudan du Sud.

Jeudi, Juba a notamment conditionné son retrait d'Heglig à un retrait des troupes soudanaises d'Abyei.

Le contentieux frontalier n'est pas l'unique source de tensions entre les deux voisins.

Le Soudan et le Soudan du Sud, qui ces derniers jours n'ont jamais semblé si proche d'une nouvelle guerre, s'écharpent aussi notamment sur les frais que Juba doit payer à Khartoum pour exporter son brut via les oléoducs du Nord.

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