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12/04/2012 12:38 EDT | Actualisé 12/06/2012 05:12 EDT

Syrie: un cessez-le-feu fragile instauré, l'ONU envisage des observateurs

Le cessez-le-feu entré en vigueur jeudi en Syrie "semble être respecté", selon l'émissaire international Kofi Annan, et l'ONU va envisager dans les heures qui viennent l'envoi d'une mission d'observateurs pour le surveiller.

Bien qu'opposition et régime s'accusent mutuellement de mettre en péril cette trêve après des violences meurtrières, le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe a estimé dans un communiqué que "la cessation des hostilités en Syrie semble être respectée".

Selon des diplomates, M. Annan a demandé à l'ONU d'exiger un retour de l'armée syrienne dans ses casernes, conformément à son plan de paix.

S'exprimant devant le Conseil de sécurité, il a déclaré que techniquement, Damas n'avait pas respecté son plan mais que le fragile cessez-le-feu était "une chance à saisir".

Le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait d'ailleurs adopter vendredi sa première résolution sur la Syrie, autorisant l'envoi d'une équipe d'observateurs internationaux, ont indiqué des diplomates.

Réunis à Washington, les ministres des Affaires étrangères du G8 ont pour leur part réclamé une action "immédiate" pour envoyer des observateurs en Syrie afin de vérifier le respect du cessez-le-feu, qualifié de premier pas "fragile" vers la paix après plus d'un an de violences.

A l'issue d'une réunion de deux jours dans la capitale américaine dominé par la crise syrienne, les ministres du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie) ont salué l'annonce d'un "arrêt fragile des violences en Syrie malgré des incidents isolés", selon leur communiqué final.

Sur le terrain, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, a recensé la mort de huit personnes jeudi, dont sept civils tués par les forces de sécurité ou les milices pro-régime à Homs (centre), dans la province de Hama (centre) et dans celles de Damas et d'Idleb (nord-ouest).

Ce bilan marque cependant une nette rupture avec ces derniers mois, au cours desquels l'OSDH recensait plusieurs dizaines de morts chaque jour. Depuis le début de la contestation en mars 2011, les violences ont fait plus de 10.000 morts, en majorité civils, selon l'OSDH.

Le cessez-le-feu est entré en vigueur à 03H00 GMT, conformément au plan Annan. Le régime avait annoncé cesser toutes ses opérations militaires, mais prévenu qu'il riposterait contre toute attaque de "terroristes".

Les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL), composée de militaires dissidents et d'opposants armés, se sont dits "engagés à 100%" à respecter le cessez-le-feu.

En revanche, les troupes restaient déployées en masse dans les hauts lieux de la contestation, dans la perspective de nouvelles manifestations vendredi.

Après des appels à un déploiement rapide d'une mission d'observateurs pour surveiller cette trêve, un projet de résolution en ce sens a été déposé jeudi à 19H00 GMT à l'ONU.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, jugeant la situation sur le terrain "plus calme", a indiqué vouloir "envoyer une équipe d'observateurs le plus rapidement possible". Le général norvégien Robert Mood, à la tête d'une mission technique de l'ONU, sera à nouveau en Syrie vendredi pour préparer l'arrivée de ces observateurs.

Le Conseil de sécurité de l'ONU pourrait adopter vendredi une résolution autorisant cette mission, a déclaré l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine.

Le projet prévoit l'envoi d'une "équipe avancée de quelques dizaines d'observateurs dans les jours qui viennent et dans la foulée d'une force qui pourrait être de plusieurs centaines" d'observateurs, a détaillé le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.

Le texte, dont l'AFP a obtenu copie, "exige en plus que le gouvernement syrien retire ses troupes et ses armes lourdes des agglomérations et les cantonnent dans leurs casernes".

Le succès du plan Annan dépend désormais de l'application de son volet politique, mais le fossé entre régime et opposition rend tout dialogue réel très improbable, selon les analystes.

Les opposants ont appelé à de nouvelles manifestations vendredi, après que des milliers de Syriens ont déjà défilé jeudi, selon des militants.

"Le vrai test sera vendredi, jour (habituel) de manifestations, pour voir si les forces du régime vont tirer sur la foule", a déclaré Moaz, un militant sur place.

Le chef de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a salué les "développements positifs en Syrie", tandis que la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a estimé qu'à condition d'être respecté, le cessez-le-feu était un "pas important".

Les présidents américain Barack Obama et français Nicolas Sarkozy ont exhorté Damas à respecter "scrupuleusement et inconditionnellement" son engagement au plan Annan, a rapporté l'Elysée.

La France dispose par ailleurs "d'éléments de preuve" de crimes contre l'humanité commis par le régime, permettant une éventuelle saisine de la justice internationale, a affirmé M. Juppé.

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