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12/04/2012 03:32 EDT | Actualisé 11/06/2012 05:12 EDT

Soudans: Juba accuse Khartoum de bombarder une localité importante

Juba a accusé des avions de Khartoum d'avoir pour la première fois bombardé jeudi une localité importante du Soudan du Sud, nouvelle étape d'une escalade de combats qui fait craindre une guerre ouverte entre les deux Soudans.

"Ils ont largué des bombes sur la localité de Bentiu et apparemment ils visaient un pont" de la capitale de l'Etat sud-soudanais frontalier d'Unité, a affirmé à l'AFP Atem Yaak Atem, vice-ministre de l'Information, sans faire état de victimes.

Selon le responsable, cinq bombes ont été lâchées jeudi à l'aube. Le pont en question, situé près d'un complexe de l'ONU, relie Bentiu à une route qui mène vers le nord. Bentiu est à une soixantaine de km de la frontière avec le Soudan, où se déroulent depuis mardi de violents affrontements entre les deux voisins.

"Ils ont attaqué d'autres endroits, comme des villages et des infrastructures pétrolières et des champs pétroliers (...) mais Bentiu est la première localité touchée," a poursuivi le vice-ministre. "Je pense qu'ils veulent mettre hors d'état (nos moyens) de communication et de transport -- ils ont dit qu'ils allaient détruire le sud."

"Cela ne nous prend pas par surprise, ils cherchent des prétextes pour repartir en guerre," a-t-il encore ajouté.

Ces derniers jours, les deux Soudans n'ont jamais semblé aussi proches d'une nouvelle guerre totale.

Des combats ont fait rage à la frontière, au nord de Bentiu, dans la zone de Heglig, un champ pétrolier qui assure une large part de la production de brut du Nord mais que le Sud revendique.

Mercredi, Khartoum a décidé de se retirer des pourparlers menés sous l'égide de l'Union africaine (UA), destinés à apaiser ses relations avec Juba. Et les deux capitales se sont livrées à une surenchère de déclarations bellicistes, appelant leurs populations à se préparer à la guerre.

Avant des accords de paix en 2005, qui ont ouvert la voix à l'indépendance du Soudan du Sud en juillet dernier, le Nord et le Sud se sont livré des décennies de guerre civile.

Depuis la partition du pays, les relations sont restées tendues. Juba et Khartoum ne parviennent pas à se mettre d'accord sur le tracé de leur frontière et s'accusent mutuellement d'alimenter une rébellion chacune sur le sol de l'autre.

Le pétrole, dont les principaux champs se trouvent au sud non loin de la frontière, sont un point de contentieux majeur. A son indépendance, le Sud a hérité des trois quarts des réserves pétrolières, mais conteste les frais que Khartoum veut lui faire payer pour l'utilisation de ses infrastructures -- Juba reste entièrement dépendant des oléoducs du Soudan pour exporter son brut.

Alors que la situation ne cesse de s'envenimer, l'UA et les Nations unies ont appelé mercredi les deux parties à la retenue.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé au président sud-soudanais, Salva Kiir, de tenir un sommet avec son homologue du Soudan, Omar el-Béchir. Une rencontre était déjà prévue début avril mais avait capoté après une première intensification des affrontements fin mars.

Les 26 et 27 mars, déjà dans la région de Heglig, Juba et Khartoum s'étaient livré des combats d'une ampleur sans précédent depuis l'indépendance du Sud, avec raids aériens, interventions de chars, artillerie lourde. Chaque partie accuse l'autre d'avoir lancé l'offensive et de poursuivre, depuis, l'agression.

Depuis mardi, les avions soudanais attaquent encore en territoire sud-soudanais et les forces sud-soudanaises se sont lancées à l'assaut d'Heglig, qu'elles ont réussi à prendre à l'armée du Nord.

Jusqu'ici, les appareils soudanais étaient cependant restés relativement à distance de Bentiu.

La prise de Heglig par les forces soudanaises a certainement attisé la colère du Nord. Khartoum considère que le champ pétrolier se situe dans les limites de son Etat du Kordofan-Sud et avait promis cette semaine de défendre sa province "par tous les moyens".

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