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12/04/2012 05:28 EDT | Actualisé 12/06/2012 05:12 EDT

Dioncounda Traoré, président par intérim d'un Mali "en guerre"

Mathématicien de formation, syndicaliste puis ministre défendant ses "valeurs", Dioncounda Traoré, 70 ans, investi jeudi chef de l'Etat du Mali pour une période de transition après le retrait des putschistes, devient le président d'un pays "en guerre".

"J'ai conscience d'être président d'un pays en guerre", a lancé ce vétéran de la politique malienne pendant son intronisation à Bamako, où il a surpris par sa fermeté à l'égard des rebelles touareg et groupes islamistes armés qui contrôlent le Nord, menacés d'une "guerre totale".

Le parcours de celui qui était président de l'Assemblée nationale depuis 2007 ne le prédisposait pas à se retrouver à la tête d'un pays en pleine tourmente.

"Je suis un mathématicien, j'ai été syndicaliste et je le demeure dans l'âme", déclarait-il ce week-end à l'AFP quelques heures après la démission du président déchu Amadou Toumani Touré (ATT), qui ouvrait la voie à son investiture.

Il se définit comme "politique mais pas politicien". "Pour un politicien, la fin justifie les moyens, pas pour le politique", assure cet homme élégant, à la barbe fine et aux discrètes lunettes, qui dit se battre pour les "valeurs" de solidarité et de justice.

Il préside depuis onze ans l'Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma-PASJ). L'Adéma a lutté avec d'autres mouvements contre le régime de Moussa Traoré, renversé en 1991 après plus de 22 ans de pouvoir sans partage et plusieurs jours d'une insurrection réprimée dans le sang.

Né le 23 février 1942 à Kati, près de Bamako, il est marié, père de sept enfants et polyglotte (français, russe, anglais et espagnol, en plus des langues nationales bambara et soninké). Il a connu trois ans de formations militaires, dont une de parachutiste, selon son CV officiel.

"Il est très attaché au consensus" et "c'est un homme du peuple", affirme l'un de ses collaborateurs.

Pour un député qui n'est "pas toujours" d'accord avec lui, "il a le côté pragmatique des scientifiques".

Bachelier en 1961, Dioncounda Traoré poursuit ses études de mathématiques à Moscou puis à Alger, où il décroche plusieurs diplômes et enseigne. Il soutient en 1977 à Nice (sud de la France) une thèse de doctorat.

A son retour au Mali en 1978, il continue d'enseigner mais est plusieurs fois arrêté pour ses activités syndicales.

A partir de 1992, il entame une carrière de ministre: Fonction publique et Travail (1992-1993), Défense (1993-1994), Affaires étrangères (1994-1997).

En 1997, il est élu député. Dix ans plus tard, il prend la tête d'une coalition de partis soutenant la candidature à la présidentielle d'ATT, qui sera réélu et s'apprêtait à quitter le pouvoir dans quelques semaines, avant que des putschistes ne le renversent le 22 mars.

Dioncounda Traoré était candidat de l'Adéma-PASJ à la présidentielle prévue le 29 avril mais le coup d'Etat met un coup d'arrêt au processus politique et accélère la chute du Nord aux mains de groupes armés.

Il était absent du pays pendant ces jours de troubles. "Dioncounda n'a osé revenir que quand les choses ont commencé à s'arranger", pestait récemment Abdoulaye Camara, un jeune de Bamako qui se dit apolitique et qui, comme d'autres Maliens, n'a pas compris son silence quand "le pays brûlait".

Rentré le 7 avril à la faveur de la médiation ouest-africaine, il est face au plus grand défi de sa vie de "politique": réussir une transition dont la durée reste inconnue et le conduire à des élections présidentielle et législatives.

Mais l'urgence est de conjurer une partition du Mali. "Nous préférons la paix, mais si la guerre est la seule issue, nous la ferons", a-t-il promis jeudi.

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