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12/04/2012 09:10 EDT | Actualisé 12/06/2012 05:12 EDT

A Damas, on veut que le cessez-le-feu dure, sans trop y croire

"Inch'Allah que ça dure. Nous voulons que le bain de sang cesse", confie Wassim, commerçant sur la place de Sabaa Bahrat à Damas, quelques heures après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu déjà fragilisé par de nouvelles violences.

Interrogés sur un respect du cessez-le-feu par le gouvernement et l'opposition, beaucoup de Syriens disent douter.

Michel se dit "pas optimiste". Il a décidé de parti en septembre au Canada, où son fils devrait commencer des études universitaires. "C'est une farce, le pays ne redeviendra plus jamais comme avant", affirme ce bijoutier, occupé à décorer sa vitrine de parures en diamants et en or.

A quelques mètres de son échoppe, dans le quartier de Hariqa, fief des commerçants damascènes, les gens vaquent tranquillement à leurs affaires sous un soleil printanier.

C'est ici même que se sont rassemblés en février et mars 2011 les tout premiers manifestants réclamant la liberté et dénonçant le régime du président Bachar al-Assad.

Sur la place sont déjà accrochés des portraits de candidats pour les prochaines législatives fixées par les autorités au 7 mai, malgré le mouvement de contestation sans précédent qui secoue le régime depuis le 15 mars 2011.

Depuis cette date, la répression et les violences dans le pays ont fait plus de 10.000 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

"Damas est devenue une ville fermée, nous ne pouvons plus sortir le soir. Avant-hier, nous n'avons pas dormi de la nuit, les tirs résonnaient jusque dans notre quartier", raconte le cousin de Michel, également bijoutier.

Dans une boutique voisine, des jeunes discutent de la crise. "Je te dis, la Syrie est devenue une base. La Russie et la Chine ne la laisseront pas tomber", soutient à haute voix l'un d'eux, qui fait référence aux deux fidèles alliés du régime.

Les autorités syriennes ont annoncé qu'elles mettraient fin aux opérations militaires, mais prévenu que l'armée répondrait à toute attaque de "groupes terroristes armés", l'appellation officielle des rebelles, qui se sont pour leur part engagés à respecter l'ultimatum.

Nidal, lui, estime que "ça ne durera pas". "Hier soir nous avons entendu des explosions et des tirs à Qaboune", un quartier dans le nord-est de Damas, affirme-t-il.

Sa femme, qui porte le voile, espère que "le gouvernement respectera l'ultimatum", mais elle doute des rebelles.

"Je ne sais pas" si le cessez-le-feu durera, dit pour sa part un homme âgé invoquant Dieu "pour que cesse les tueries quotidiennes". Selon lui, les manifestations vont se poursuivre mais le gouvernement ne permettra pas aux protestataires de continuer à appeler à la chute du régime.

L'opposition syrienne a appelé jeudi les Syriens à manifester après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.

"Le cessez-le-feu n'a aucune valeur s'il ne permet pas au peuple de manifester et le plan Annan n'a aucune valeur s'il ne permet pas la transition du pays vers un gouvernement démocratique pluraliste", a affirmé à l'AFP Burhan Ghalioun, chef du Conseil national syrien (CNS), principale composante de l'opposition.

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