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07/04/2012 11:18 EDT | Actualisé 07/06/2012 05:12 EDT

Mali: "Ouf de soulagement" après l'accord entre la junte et la Cédéao

"Je pousse un ouf de soulagement". A l'image d'Ahmed, de nombreux Maliens rencontrés samedi à Bamako étaient satisfaits de l'accord entre les pays d'Afrique de l'Ouest et la junte militaire pour un retour du pouvoir aux civils, mettant ainsi fin à l'embargo régional.

"Nous nous sentions suffoquer, mais dans la mesure où il y a eu cet accord, nous soufflons, en espérant que cela puisse être le prélude à une solution à la crise que vivent les populations dans le Nord", déclare Ahmed Elkori, originaire de Tombouctou.

Il regrette "la situation catastrophique" dans le Nord, à Tombouctou, Kidal et Gao, tombées il y a une semaine aux mains de rebelles touareg et de groupes criminels armés et islamistes, ces derniers voulant imposer la charia dans les zones sous leur contrôle.

Le soulagement était également général au marché Dabanani, dans le centre-ville.

Certains commerçants et clients ont salué le geste de la junte dirigée par le capitaine Amadou Sanogo, qui a renversé le 22 mars le régime du président Amadou Toumani Touré (ATT) en l'accusant d'incompétence dans la gestion de la crise dans le Nord.

"Je suis très, très content de l'accord, et je félicite notre capitaine de l'engagement pris" au moment où "le Mali est en deuil, où le Mali a mal dans son âme", a dit le jeune Abdoul Aziz Touré.

"Le capitaine, il a fait son travail, on le remercie. Il a accepté qu'on enlève l'embargo, c'est déjà l'essentiel. Mais que le peuple malien soit serein, la lutte ne fait que commencer", a affirmé un autre jeune.

Depuis que la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a appliqué ses sanctions économiques et financières au Mali, le 2 avril, pour obliger les putschistes à partir, c'était "une monotonie totale" pour les affaires, note Nankoma Traoré, commerçant. "Nous sommes très contents de la levée de l'embargo pour le Mali".

Selon lui, "l'essentiel, c'est qu'aujourd'hui le Mali s'est retrouvé (...) pour une solution avec l'aide de tous les pays voisins. C'est ça que nous voulons saluer aujourd'hui dans toute cette histoire".

Mais en dépit du transfert du pouvoir aux civils, l'inquiétude demeure concernant la situation dans le Nord, en proie aux violences et au chaos.

Plusieurs dizaines de femmes ont manifesté samedi à Bamako, en réclamant la paix pour dénoncer les agressions et violences qui y sont commises.

"La paix, rien que la paix!", "Le Mali est un et indivisible!", "Libérez le Nord!", "Pour les femmes et les jeunes, l'unité nationale n'est pas négociable", ont scandé les manifestantes, qui ont marché sur une courte distance avant de se rassembler près de l'Institut français de Bamako.

"Au troisième millénaire, ce qui se passe au Nord-Mali n'est pas digne des êtres humains!", a déclaré à l'AFP Mme Oumou Touré, présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (Cafom).

"Nous avons entendu des cris des femmes qu'on viole dans l'indignité! On a entendu des enfants! On a coupé des mains!", a-t-elle affirmé, ajoutant: "C'est une honte totale".

Depuis que les régions et villes de Gao, Kidal et Tombouctou sont tombées, des violences ont été rapportées dans ces zones, devenues inaccessibles à la presse et aux organisations internationales, et que fuient des centaines de civils.

Selon la junte militaire, les nouveaux maîtres du Nord ont commis "de graves violations des droits de l'homme", dont des viols, particulièrement à Gao.

De nombreux habitants ont fait état de saccages et pillages d'envergure à Gao et Tombouctou, de moindre ampleur à Kidal, alors que ces régions étaient déjà confrontées à une sévère crise alimentaire.

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