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22/03/2012 02:36 EDT | Actualisé 22/05/2012 05:12 EDT

Sarkozy veut sévir contre les internautes qui visitent des sites extrémistes

PARIS - Le président français a proposé, jeudi, d'adopter une nouvelle loi pour envoyer en prison les personnes qui visitent régulièrement des sites Internet extrémistes, l'une des nombreuses mesures évoquées dans la foulée des fusillades à Toulouse et à Montauban.

Mais l'initiative proposée par Nicolas Sarkozy après la mort du suspect recherché pour les attaques inquiète les journalistes et les experts juridiques, qui craignent que cela ne signe la fin de la liberté d'expression en France.

À un mois de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il était temps de traiter ceux qui consultent des sites extrémistes de la même façon que ceux qui visitent des sites de pornographie infantile.

«Toute personne qui consultera de manière régulière des sites Internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera condamnée à la prison, a affirmé M. Sarkozy lors d'un rassemblement de campagne à Strasbourg. Ne me dites pas que ce n'est pas possible. Ce qui est possible pour les pédophiles devrait l'être pour les aspirants terroristes et leurs partisans.»

Les lois françaises prévoient jusqu'à deux ans de prison et une amende de 30 000 euros (près de 40 000 $CAN) pour les visiteurs réguliers de sites de pornographie juvénile. Le président n'a pas précisé si la nouvelle loi antiterroriste qu'il propose impliquera des pénalités semblables.

Questionné sur le sujet, le bureau de M. Sarkozy a renvoyé la question au ministère de la Justice, qui n'a pas offert de clarification dans l'immédiat.

Le projet inquiète les journalistes et les avocats.

«Tenter de criminaliser une visite, une simple visite sur un site Internet, est une chose qui semble disproportionnée», a dit Lucie Morillon, responsable du bureau des nouveaux médias chez Reporters sans frontières. «Ce qui est particulièrement inquiétant pour nous, c'est la façon dont on déterminera qui regarde un site. Cette annonce signifie-t-elle l'instauration du système global de surveillance d'Internet en France?»

L'avocat Christophe Bigot, spécialiste des médias, estime qu'une telle loi, si elle était adoptée, serait un sérieux coup porté aux acquis démocratiques d'un pays qui se considère comme le berceau des droits de l'homme.

«Je ne vois pas comment on peut présumer qu'une personne qui se connecte (à un site extrémiste) partage non seulement les idées qui y sont exprimées, mais qu'elle est aussi prête à agir en ce sens, a dit Me Bigot. Cela semble être un raccourci très dangereux et un important recul en termes de libertés individuelles.»

Me Bigot ne sait pas à quel point le président est sérieux avec sa proposition. L'Assemblée nationale ne siège pas présentement, mais elle pourrait être rappelée d'urgence pour faire adopter la loi. Autrement, le projet avancé par M. Sarkozy est conditionnel à sa réélection.

Lucie Morillon a dit comprendre l'attrait de la répression du radicalisme en ligne après les atrocités des derniers jours dans la région de Toulouse. Mais elle estime qu'il faut prendre garde de ne pas attaquer «la mauvaise cible».

«Encore une fois, c'est Internet qui est blâmé, comme si Internet était la source du mal», a-t-elle dit.