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22/03/2012 08:15 EDT | Actualisé 22/05/2012 05:12 EDT

Le suspect des fusillades à Toulouse tué au terme d'un siège de 32 heures

TOULOUSE, France - Après un siège de 32 heures, une équipe d'élite de la police française est entrée dans l'appartement du suspect des attaques de Toulouse et de Montauban, jeudi, déclenchant une fusillade qui s'est soldée par la mort du suspect, qui a sauté par une fenêtre avant d'être tué d'une balle dans la tête.

Mohamed Merah, âgé de 23 ans, était recherché pour les attaques qui ont tué trois parachutistes puis quatre personnes, dont trois enfants, dans une école juive de Toulouse depuis le 11 mars.

La police a tenté de le capturer vivant en donnant l'assaut pour l'arrêter très tôt mercredi matin dans son appartement de Toulouse, dans le sud-ouest de la France.

Les meurtres dont il était accusé, et qu'il a avoués aux négociateurs de la police, ont choqué la France en pleine campagne présidentielle. Les sept meurtres, perpétrés lors de trois attaques en scooter, seraient les premiers meurtres motivés par une idéologie islamiste radicale en France depuis les attentats de septembre 2001 aux États-Unis.

Le président Nicolas Sarkozy a déclaré qu'une enquête était en cours pour déterminer si Mohamed Merah, citoyen français d'origine algérienne qui a revendiqué des liens avec Al-Qaïda, avait des complices.

La mère et le frère de Mohamed Merah ont été interpellés par la police mercredi, quand l'ordinateur de la mère s'est retrouvé au centre de la traque du suspect. Son frère Abdelkader a déjà été lié à des réseaux islamistes irakiens.

Selon les autorités, Mohamed Merah avait adopté l'islam radical et s'est rendu en Afghanistan et au Pakistan pour recevoir un entraînement d'Al-Qaïda. Il a aussi été reconnu coupable d'actes de délinquance en France et a passé du temps en prison.

Un responsable de la lutte antiterroriste aux États-Unis a indiqué que Mohamed Merah figurait sur la liste de présumés terroristes interdits de vol aux États-Unis. Ce responsable, qui a réclamé l'anonymat, a précisé que Merah était sur la liste depuis 2010.

Merah a déclaré aux négociateurs de la police qu'il avait voulu venger la mort d'enfants palestiniens et protester contre la présence de l'armée française en Afghanistan.

Après avoir d'abord promis de se rendre, le suspect a déclaré qu'il résisterait aux forces de l'ordre et qu'il tuerait des policiers.

Selon le procureur François Molins, Merah sortait de la salle de bains quand la police est entrée dans son appartement jeudi matin. Il a tiré à environ 30 reprises sur les policiers avant de sauter par une fenêtre.

Le suspect a continué de tirer jusqu'à ce qu'il soit touché par les tirs de riposte de la police d'élite, qui l'ont atteint d'une balle à la tête, selon le procureur. «Les conditions de la réponse policière relèvent à l'évidence de la légitime défense», a-t-il dit.

Le procureur a affirmé que la police avait agi prudemment, en utilisant notamment des caméras robotisées pour voir s'il y avait un mécanisme piégé dans l'appartement. Trois membres des forces d'élite ont été blessés jeudi, portant à cinq le nombre total de policiers blessés dans toute l'opération.

Jusqu'à jeudi matin, les autorités ont tenté d'obtenir la reddition du suspect. «Nous espérons qu'il est encore vivant», déclarait en matinée sur la chaîne RTL le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, rappelant que la priorité des forces de l'ordre était de le livrer à la justice, et donc de «le prendre vivant».

Dans l'appartement, les policiers ont découvert trois chargeurs de pistolet automatique de calibre 11.43 vides, un pot rempli de munitions de tous calibres, un Colt 45 ainsi qu'un sac et un chargeur. Sur le balcon, il y avait «des éléments permettant de préparer des cocktails Molotov, chiffons et bouteilles», a énuméré le procureur. Le suspect portait un gilet pare-balles.

Mohamed Merah a tourné des vidéos «très explicites» de ses trois attaques meurtrières et a affirmé les avoir diffusées sur Internet, selon le procureur.

Toujours selon M. Molins, Mohamed Merah a commencé à se radicaliser lors de ses séjours en prison. Mais «aucune évolution ni aucune dérive de nature intégriste n'a été notée dans son comportement», a ajouté le procureur, en précisant néanmoins qu'il s'était montré violent envers des codétenus et avait tenté de se suicider en prison.

Après la fin du siège et la mort du suspect, le président Nicolas Sarkozy a annoncé des mesures plus sévères pour combattre l'extrémisme. Il a affirmé que les personnes consultant régulièrement des sites incitant au terrorisme ou se rendant à l'étranger pour y être endoctrinées seraient «punies pénalement».

M. Sarkozy a aussi appelé les Français à éviter tout amalgame entre musulmans et terroristes. «Nos compatriotes musulmans n'ont rien à voir avec les motivations folles d'un terroriste», a-t-il dit, en soulignant que des musulmans faisaient partie des victimes du tireur. «Aujourd'hui, les Français doivent surmonter leur indignation et ne pas laisser libre cours à leur colère.»

La menace de l'islam radical en France semble avoir affecté la campagne présidentielle, dans laquelle le socialiste François Hollande a longtemps été donné favori contre Nicolas Sarkozy. Un sondage rendu public jeudi suggère que le président sortant pourrait bénéficier politiquement des horreurs des derniers jours.

Le sondage mené par CSA indique que Nicolas Sarkozy pourrait remporter le premier tour du 22 avril avec une légère avance, mais perdre le second tour du 6 mai au profit de François Hollande, à 36 pour cent contre 45 pour cent. C'est le plus faible écart entre les deux candidats et le plus haut score pour M. Sarkozy dans les sondages menés par CSA depuis le début de la campagne.

Le sondage a été mené lundi et mardi, après l'attaque dans une école juive de Toulouse qui a tué un rabbin et trois enfants. Au total, 1003 personnes ont été interrogées par téléphone.