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22/03/2012 08:29 EDT | Actualisé 22/05/2012 05:12 EDT

Le président du Mali, renversé par un coup d'État militaire, reste introuvable

BAMAKO, Mali - Des soldats ivres ont pillé le palais présidentiel de Bamako, jeudi, quelques heures après avoir annoncé le renversement du président malien, la suspension de la Constitution et la dissolution des institutions dans l'une des rares démocraties d'Afrique, un mois avant l'élection présidentielle.

La situation du président Amadou Toumani Touré restait incertaine jeudi soir. Le président, âgé de 63 ans, s'apprêtait à quitter le pouvoir au terme de l'élection présidentielle, après avoir passé dix ans en poste. L'ambassade des États-Unis a diffusé un communiqué niant les rumeurs selon lesquelles il aurait trouvé refuge dans l'ambassade.

La situation était troublante jeudi à Bamako, une ville habituellement sereine. Des soldats sentant l'alcool ont pris des téléviseurs à écran plat, des ordinateurs, des imprimantes et des photocopieurs dans le palais présidentiel, sans tenter de s'en cacher. D'autres soldats circulaient en camionnettes dans les avenues désertées de la ville, une bouteille de bière à la main, tirant dans les airs.

Les putschistes ont imposé un couvre-feu dans tout le pays et ont averti les citoyens de rester chez eux jusqu'à nouvel ordre. Les frontières et l'aéroport de Bamako ont été fermés.

Les mutins ont justifié leur geste par la mauvaise gestion, par le gouvernement, de la rébellion touareg dans le nord du pays depuis la mi-janvier, qui a provoqué la fuite de dizaines de milliers de civils vers les pays voisins.

De nombreux soldats maliens ont été tués dans la lutte contre la rébellion, et le mécontentement gronde dans les rangs de l'armée, les hommes se plaignant de manquer de moyens, d'armes, de munitions et de vivres.

Le coup d'État a commencé mercredi, quand de jeunes soldats se sont mutinés dans une base militaire au nord de la capitale. L'émeute s'est ensuite étendue à Gao, une ville stratégique située à des centaines de kilomètres plus au nord.

Des soldats encerclaient l'édifice de la télévision nationale à Bamako depuis mercredi. Jeudi matin, une vingtaine de soldats se sont présentés à la caméra. Ils ont lu un communiqué annonçant que le Mali était désormais sous le contrôle du «Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État» (CNRDR).

«Le CNRDR a décidé d'assumer ses responsabilités et de mettre un terme au régime incompétent et désavoué d'Amadou Toumani Touré», ont déclaré les putschistes. «L'objectif du CNRDR n'est en aucun cas de confisquer le pouvoir, et nous jurons solennellement de remettre le pouvoir à un président démocratiquement élu dès que l'unité nationale et l'intégrité territoriale seront rétablis.»

Les putschistes n'ont fait aucune mention des élections qui sont censées avoir lieu le 29 avril. Plus d'une dizaine de candidats devaient y participer. Le président Touré n'avait pas l'intention de participer à la course puisqu'il a déjà épuisé la limite de deux mandats.

La communauté internationale a rapidement condamné le coup d'État. La France a annoncé qu'elle suspendait toute coopération gouvernementale avec le Mali, sauf pour l'aide humanitaire.

À Washington, la porte-parole du département d'État, Victoria Nuland, a affirmé que les États-Unis condamnaient la prise du pouvoir par les militaires, précisant que les responsables américains se réuniraient pour décider de l'éventuelle suspension de l'assistance américaine au Mali, estimée à 137 millions $ US par année.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a «fermement condamné» le putsch, et appelé les responsables à «s'abstenir de toute action qui pourrait accroître la violence et déstabiliser davantage le pays», selon un communiqué.

La Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a qualifié le coup d'État de «répréhensible».

Le putsch représente un important recul pour le Mali, un pays pauvre mais très fier de ses acquis démocratiques. Le président Amadou Toumani Touré, connu sous ses initiales d'ATT, est lui-même arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1991. Il est ensuite devenu l'un des rares putschistes à remettre le pouvoir aux civils de son propre chef. Une décennie plus tard, en 2002, il a remporté l'élection démocratique. Il devait céder les commandes le mois prochain après deux mandats de cinq ans.

«La situation est grave pour notre démocratie et nos institutions républicaines», a estimé Ali Nouhoum Diallo, ancien président de l'Assemblée nationale malienne. «Nous ne pouvons approuver la prise du pouvoir par la force.»

Les dernières nouvelles du président Touré remontent à mercredi soir. Un message Twitter publié sur le compte officiel de la présidence affirmait: «Ce n'est pas un coup d'État. Ce n'est qu'une mutinerie».