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21/03/2012 08:36 EDT | Actualisé 21/05/2012 05:12 EDT

Suspect retranché à Toulouse: des explosions entendues près de l'immeuble

TOULOUSE, France - Les policiers anti-émeute ont provoqué des explosions à l'extérieur d'un immeuble à logements, tôt jeudi matin, dans l'espoir de faire capituler le suspect de fusillades contre une école juive et des militaires, qui ont fait sept morts dans la région de Toulouse, dans le sud-ouest de la France.

Alors que la confrontation entre le suspect et les forces de l'ordre entrait dans sa deuxième journée, des centaines de policiers lourdement équipés, dont certains portant des gilets pare-balles, ont encerclé l'édifice de cinq étages où était toujours retranché le suspect, qui se réclame d'Al-Qaïda.

Selon un porte-parole du ministère de l'Intérieur, le suspect est revenu sur sa décision de se rendre aux autorités. Les policiers ont fait exploser les volets des fenêtres de l'appartement où il se trouve afin de l'inciter à se rendre.

D'autres explosions et coups de feu ont retenti à intervalles irréguliers tout au cours de la nuit. Le ministère de l'Intérieur a assuré qu'il n'avait pas lancé d'assaut pour capturer le suspect.

Le suspect est un jeune homme de 24 ans qui se «réclame d'Al-Qaïda», selon le ministre de l'Intérieur Claude Guéant. D'après la police, il s'agit de Mohammed Merah, un citoyen français d'origine algérienne.

Après avoir dit qu'il se rendrait en début d'après-midi, le suspect a ensuite affirmé vouloir se rendre durant la nuit «pour que ce soit plus discret», a affirmé M. Guéant mercredi soir sur la chaîne France-2, tout en précisant que les négociations se poursuivaient.

Peu avant 21 h, l'électricité a été coupée par les forces de l'ordre dans le secteur de l'immeuble du jeune homme, selon une source policière. Des projecteurs éclairaient le pan de mur de son appartement, ont constaté des journalistes présents sur place.

L'éventualité qu'il se donne la mort est une hypothèse «que nous avons à l'esprit», a admis le ministre Guéant, ajoutant toutefois que le jeune homme avait «donné le sentiment qu'il était attaché à la vie et qu'il n'était pas sur une pente suicidaire».

Lors d'une conférence de presse à Toulouse plus tôt dans la journée, le procureur de la République de Paris, François Molins, a déclaré que le suspect avait admis la responsabilité des trois fusillades et affirmé «avoir toujours agi seul». Le suspect présente «un profil d'auto-radicalisation salafiste atypique», a dit le magistrat.

D'après lui, l'auteur présumé des fusillades n'a exprimé «aucun regret» et avait d'autres sinistres projets.

«Il envisageait d'autres assassinats, et notamment de repasser à l'acte ce matin même contre un militaire», a déclaré le procureur. «Il avait d'autres projets criminels», dont celui de s'en prendre à deux policiers, a-t-il ajouté.

«Il n'exprime aucun regret, si ce n'est de ne pas avoir eu le temps de faire davantage de victimes», a indiqué le procureur. Il s'est vanté d'avoir «mis la France à genoux» et a expliqué qu'il n'avait «pas l'âme d'un suicidaire ni d'un martyr» et qu'il «préférait tuer et rester en vie».

Peu après 3 h du matin, les policiers se sont présentés chez le suspect dans le quartier de la Côte Pavée, près du lieu où a été commis le premier meurtre. L'homme recherché a alors tiré sur la porte, blessant un policier au genou. Un autre policier a été légèrement blessé plus tard, tandis que le casque d'un troisième a été touché par une balle. En fin de matinée, les résidants de l'immeuble ont été évacués par le toit à l'aide d'une nacelle des pompiers.

À travers la porte de son logement, le suspect, qui se considère comme un moudjahidine, a exposé ses motivations aux policiers qui l'exhortaient à se rendre. Selon ses propos, rapportés par Claude Guéant, il a expliqué avoir visé l'école juive lundi pour venger les enfants palestiniens. Et il a dit avoir abattu les parachutistes pour «s'en prendre à l'armée française» en raison de ses opérations extérieures.

Le suspect a déjà été condamné à une quinzaine de reprises pour des actes de délinquance quand il était mineur, selon le procureur de la République de Paris.

Le jeune homme, qui s'est déjà rendu en Afghanistan et au Pakistan, était surveillé depuis longtemps par la Direction centrale du renseignement intérieur «pour un engagement, une radicalisation salafiste, sans que quoi que ce soit puisse permettre de penser qu'il était sur le point de passer à un acte criminel», a affirmé M. Guéant.

Les enquêteurs ont fait le rapprochement avec lui «dans l'après-midi du lundi», c'est-à-dire après la fusillade dans l'école juive de Toulouse qui a fait quatre morts, a-t-il précisé. Le parquet a alors mis sous écoute plusieurs membres de sa famille.

Le militaire abattu à Toulouse le 11 mars avait mis en vente sa moto. C'est en épluchant les courriels de cette victime que les enquêteurs sont remontés jusqu'à l'ordinateur de la mère du suspect grâce à l'adresse IP.

Cette femme, un autre de ses fils et la compagne de ce dernier ont été placés en garde à vue, selon le procureur de la République.

À Paris, le président Nicolas Sarkozy a rencontré dans la matinée les représentants des communautés juive et musulmane de France. «Le terrorisme ne parviendra pas à fracturer notre communauté nationale», a-t-il déclaré. «Nous ne devons céder ni à l'amalgame ni à la vengeance.»

Le président est ensuite parti pour Toulouse «au chevet des victimes et des policiers blessés» et pour rencontrer les magistrats, les policiers, les résidants du quartier du suspect et des représentants des communautés juive et musulmane. Il s'est rendu ensuite à Montauban pour la cérémonie d'hommage aux soldats tués les 11 et 15 mars, dont il a prononcé l'éloge funèbre.