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19/03/2012 02:36 EDT | Actualisé 19/05/2012 05:12 EDT

Un inconnu tue froidement quatre personnes, dont trois enfants, à Toulouse

TOULOUSE, France - Vive émotion en France après qu'un inconnu ait froidement abattu quatre personnes — dont trois enfants — devant une école juive à Toulouse, dans le sud-ouest du pays, lundi. L'une des deux armes à feu qu'il a utilisées est la même que celle qui a servi à tuer trois parachutistes les 11 et 15 mars à Toulouse et Montauban. La section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie de l'enquête sur cette série d'assassinats inédits en France.

Le drame a eu lieu peu avant 8h devant le collège-lycée Ozar Hatorah, situé dans le quartier résidentiel de la Roseraie, dans le nord-est de Toulouse. Un homme arrivé devant l'établissement sur un scooter de grosse cylindrée est descendu de son deux-roues et, devant le portail de l'établissement scolaire, s'est mis à tirer sur «ce qu'il y avait en face de lui, adulte et enfant (...) et a poursuivi des enfants dans la cour», a indiqué le procureur de la République de Toulouse, Michel Valet.

Le tireur a abattu un rabbin de 30 ans, Jonathan Sandler, et deux de ses enfants, deux garçons âgés de 4 et 5 ans, selon le ministère israélien des Affaires étrangères. Ce professeur de yiddish était arrivé de Jérusalem en septembre dernier avec sa famille. La troisième victime, âgée de 7 ans, est l'une des filles du directeur du collège-lycée d'Ozar Hatorah, le rabbin Yaacov Monsonego. Un adolescent de 17 ans a été gravement blessé dans cette tuerie et transféré dans un hôpital de Toulouse en début de matinée.

Le président Nicolas Sarkozy, qui s'est rendu sur place, a déclaré que toute la communauté nationale était bouleversée par le drame. Il a aussi annoncé qu'une minute de silence «à la mémoire de ces enfants martyrisés» serait observée mardi dans tous les établissements scolaires de France. Elle le sera à 11h, a précisé le ministère de l'Éducation.

Après ces fusillades, incluant celles contre des parachutistes il y a quelques jours, M. Sarkozy a annoncé lundi soir l'activation du plan Vigipirate de niveau «écarlate» dans la région Midi-Pyrénées et «quelques départements limitrophes», une première en France. Quatorze unités de CRS et de gendarmes mobiles sécuriseront la région, et des gardes statiques seront engagés devant les lieux de culte juifs et musulmans et devant les écoles confessionnelles, a précisé le président.

Le reste du pays reste placé au niveau «rouge» du plan Vigipirate.

«Nous ne savons pas les motivations de ce criminel», a-t-il dit à propos du tireur.

«Bien sûr, en s'en prenant à des enfants et à un enseignant, juifs, la motivation antisémite semble évidente. S'agissant de nos soldats, nous savons que deux étaient de confession musulmane, qu'un troisième était antillais, mais nous ne connaissons pas les motivations, même si on peut penser, on peut imaginer que le racisme et la folie meurtrière sont en l'occurrence liés», a ajouté M. Sarkozy.

«Nous savons que c'est la même arme qui a tué des militaires, des enfants et un enseignant. Cet acte est odieux, ne peut pas rester impuni. Tous les moyens, absolument tous les moyens disponibles seront engagés pour mettre hors d'état de nuire ce criminel», a martelé le chef de l'État.

«Jamais notre pays n'avait connu une fusillade à l'intérieur d'une école», a-t-il aussi noté. «Cet homme à chaque fois qu'il agit, agit pour tuer, ne laisse aucune chance à ses victimes».

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a annoncé lundi soir que 200 enquêteurs avaient été mobilisés.

«Ce sont de l'ordre de 200 enquêteurs qui sont mobilisés à plein temps sur cette affaire, sans compter les appuis dont ils bénéficient sur le reste du territoire», a-t-il déclaré sur France-2. «Toutes les forces de police judiciaire et de renseignements intérieurs sont évidemment mobilisés pour retrouver la piste du tireur.»

Interrogé depuis Toulouse, Claude Guéant a ajouté qu'il n'y avait pour l'instant pas de piste qui soit claire, et que seule l'enquête pourra nous dire s'il est complètement seul ou s'il s'appuie sur un réseau ou sur un groupe.

«Il est passé déjà trois fois à l'acte, et ce sentiment d'impunité qu'il arbore est un élément qui nous inquiète», a ajouté le ministre de l'Intérieur, en rappelant les similitudes entre les trois assassinats qui ont eu lieu, notamment «la même arme qui a été utilisée dans les trois cas».

La tragédie a provoqué de nombreuses réactions dans le monde. Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a qualifié ces actes de «meurtres méprisables», tandis que le président de la Commission européenne et les États-Unis ont présenté leurs condoléances et condamné les meurtres.

Par ailleurs, le ministère israélien des Affaires étrangères a confirmé lundi soir que les corps des quatre victimes de la fusillade survenue dans la matinée dans une école juive de Toulouse seront emmenés dans l'État hébreu pour y être enterrés. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Yigal Palmor, a précisé que son pays honorait ainsi une requête des familles des personnes tuées et que les corps seraient acheminés par avion en Israël dès que possible.

Lien avec une autre tuerie?

Les deux petits garçons, accompagnés de leur père et la petite fille de 8 ans, attendaient dans la rue, devant le collège-lycée, l'autobus scolaire qui devait les conduire dans leur école des Sept-Deniers, dans le nord-ouest de Toulouse, lorsqu'ils ont été pris pour cible.

Tôt dans la matinée, avant que la section antiterroriste du parquet de Paris ne soit saisie sur cette série d'assassinats, M. Valet avait déclaré que «des éléments justifiaient qu'on se pose très sérieusement la question d'un lien» avec les affaires de Toulouse et de Montauban.

Ce lien a été confirmé dans la journée. Outre le scooter sombre présent dans chaque affaire, la police a confirmé que l'une des deux armes utilisées dans le collège-lycée juif — un calibre 11.43 — était la même que celle utilisée contre les parachutistes à Toulouse et Montauban.

Le 11 mars dernier, un militaire de 30 ans du 1er Régiment du train parachutiste, basé à Francazal à Toulouse, avait été tué d'une balle dans la tête dans un quartier résidentiel de la ville. Le tireur présumé circulait sur un scooter et avait pris la suite après avoir tiré.

Le 15 mars à Montauban, trois militaires du 17e Régiment du génie parachutiste de Montauban, âgés de 23, 25 et 27 ans, ont été pris pour cible dans la rue par un homme arrivé en scooter. Il leur a tiré dessus à au moins 13 reprises, avant de prendre la fuite. Devant l'école juive, ce sont une quinzaine au moins de coups qui ont été tirés.

Face à cette «tragédie nationale», Nicolas Sarkozy a précisé que les écoles de confession juive et de confession musulmane de Toulouse et de sa région, ainsi que les lieux de culte feraient l'objet d'une surveillance très attentive. Plusieurs centaines de gendarmes mobiles, de CRS et de policiers ont été mobilisés dans le pays, mais surtout autour de Toulouse, a précisé à l'AP Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Nicolas Sarkozy a précisé qu'il suspendait sa participation à la campagne électorale «au moins jusqu'à mercredi», jour où il assistera à une cérémonie en hommage aux soldats tués par la même arme. Il a ajouté qu'il organiserait tous les jours des réunions avec le Premier ministre et les ministres concernés.

Le rival de M. Sarkozy dans la course à l'Elysée, le candidat socialiste François Hollande, a annulé ses rendez-vous de la journée pour se rendre également à Toulouse et exprimer sa solidarité envers les familles des victimes. Les deux hommes devaient participer en soirée à une cérémonie organisée dans la synagogue Notre-Dame de Nazareth à Paris.

Tout au long de la journée, des membres et des représentants de la communauté juive de Toulouse et de France se sont rendus sur lieux du drame. Le rabbin Joseph Matusof, directeur de l'école Gan Rachi où étaient scolarisés les trois enfants tués (deux en maternelle et une en primaire), s'est dit «horrifié, bouleversé».

Arié Bensemoun, président de la communauté juive de Toulouse, a parlé d'un «drame à l'échelle de toute la nation française». Il a appelé à une sécurité absolue des écoles juives et non pas à une protection cosmétique de trois, quatre ou cinq jours.