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22/02/2012 05:41 EST | Actualisé 23/04/2012 05:12 EDT

Un photoreporter français et une journaliste américaine tués en Syrie

BEYROUTH - Deux journalistes étrangers ont été tués mercredi dans des bombardements survenus à Homs, dans le centre de la Syrie.

Les victimes sont le photoreporter français Rémi Ochlik, 28 ans, et la journaliste de guerre américaine Marie Colvin, 56 ans.

Rémi Ochlik, fondateur en 2005 de l'agence de presse IP3 PRESS, avait notamment travaillé sur le Printemps arabe l'an dernier, couvrant les révolutions en Tunisie, en Égypte et en Libye, selon son site Web.

Marie Colvin était correspondante pour le journal britannique «Sunday Times» depuis plus de 25 ans. Elle se trouvait ces derniers temps à Baba Amr, quartier rebelle de Homs bombardé par les forces syriennes, selon la publication.

D'après Omar Shaker, un militant à Homs, les deux journalistes ont été tués lorsque des roquettes sont tombées dans le jardin d'une maison utilisée par les militants et les journalistes dans le quartier de Baba Amr.

Au moins 20 personnes, dont les deux journalistes, ont été tuées dans les bombardements de mercredi à Homs, bastion de la contestation contre le régime de Bachar el-Assad où l'armée mène une offensive depuis le 4 février. Dans l'ensemble du pays, au moins 65 personnes ont été tuées dans les violences survenues au cours de la journée.

Une autre journaliste française, Édith Bouvier, du «Figaro», a été blessée à la jambe à Homs, mais sa vie ne semble pas menacée, a-t-on appris auprès du service étranger du journal. Le photographe britannique Paul Conroy, du «Sunday Times», a également été blessé dans ces bombardements.

«Ça suffit, ce régime doit partir», a réagi le président français Nicolas Sarkozy. «Il n'y a aucune raison que les Syriens n'aient pas le droit de vivre leur vie et de choisir leur destin librement», a ajouté le chef de l'État, interrogé par la presse avant une réunion avec des parlementaires.

Ces décès montrent «combien la liberté d'informer est importante et combien le métier de journaliste peut être difficile et dangereux. (...) Si les journalistes n'étaient pas là-bas, on ne saurait pas ce qui s'y passe et les massacres seraient bien sûr encore plus importants», a estimé M. Sarkozy.

Rémi Ochlik a été tué «alors qu'il faisait son métier de reporter photographe. (...) On pense à sa famille, on pense au métier de photojournaliste, de reporter. On pense à ce qu'ils font pour tout le monde et qu'ils paient de leur mort. C'est épouvantable. Ils ont en plus été poursuivis alors qu'ils essayaient d'échapper aux bombardements», a affirmé le ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, au bord des larmes, à la sortie du conseil des ministres.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a convoqué l'ambassadrice de Syrie à Paris «pour lui rappeler le caractère intolérable du comportement du gouvernement syrien».

«Je demande au gouvernement syrien l'arrêt immédiat des attaques et le respect des obligations humanitaires qui s'impose à lui», a-t-il déclaré dans un communiqué.

La journaliste Marie Colvin était reconnaissable au bandeau noir qu'elle portait sur un oeil à la suite d'une blessure subie en 2001 dans une embuscade alors qu'elle couvrait le conflit au Sri Lanka. Originaire d'East Norwich, dans l'État de New York, elle s'était fait une spécialité de travailler dans les zones de guerre.

Le premier ministre britannique David Cameron lui a rendu hommage mercredi, évoquant une correspondante de guerre «talentueuse et respectée», dont la mort témoigne des «risques pris par les journalistes pour informer le monde» et des «événements affreux» qui se déroulent en Syrie.

Le magnat des médias Rupert Murdoch, propriétaire du «Sunday Times», a également salué la mémoire de la journaliste, la décrivant comme «l'un des correspondants à l'étranger les plus brillants de sa génération».