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22/02/2012 02:49 EST | Actualisé 23/04/2012 05:12 EDT

L'industrie forestière veut 750 millions $ de l'État pour traverser la crise

QUÉBEC - L'industrie forestière réclame de l'État québécois 750 millions $ pour se sortir de la crise d'ici cinq ans.

Des maires et des porte-parole de cette industrie étaient de passage à Québec mercredi pour alerter le gouvernement quant à l'urgence d'intervenir en vue de sauver des milliers d'emplois menacés dans plusieurs régions du Québec.

Ils évaluent à 150 millions $ par année, au cours des cinq prochaines années, le soutien financier supplémentaire qui serait nécessaire pour relancer ce secteur d'activité, aux prises avec une grave crise qui dure déjà depuis des années.

Dans ce climat d'incertitude, l'industrie doit se restructurer et se moderniser pour espérer survivre, mais se retrouve à court terme en manque de liquidités, faute d'accès aux facilités de crédit de la part des banques.

«Actuellement, l'industrie forestière n'est pas vue comme un secteur très intéressant pour le milieu financier», a reconnu le président du Conseil de l'industrie forestière, André Tremblay, en point de presse. Il a dit que, dans ce contexte, le gouverement devait aider l'industrie à traverser la période de transition actuelle, en attendant que les marchés reprennent.

Depuis 2005, plus de 21 000 emplois de ce secteur ont été perdus au Québec, alors que les mises à pied et les fermetures d'usines se succèdent d'une région à l'autre.

Mais depuis l'élection des libéraux de Jean Charest, en 2003, ce sont au total 60 000 emplois directs et indirects qui ont été perdus et 300 usines qui ont dû fermer leurs portes, selon la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois.

En point de presse, elle a considéré que les demandes d'aide financière de l'industrie au gouvernement n'étaient pas exagérées. C'est «un ordre de grandeur qui paraît assez raisonnable», a-t-elle dit.

Il est normal, en certaines circonstances, que l'État accepte de «prendre un risque plus grand» que les banques, a-t-elle ajouté.

La délégation présente à Québec était dirigée par le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, qui a rencontré le ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac.

Ce dernier lui a rappelé son intention de présenter une stratégie forestière en mai et lui a dit que le prochain budget du ministre des Finances, attendu à la fin mars, pourrait contenir des «indications rassurantes» pour cette industrie.

Mais le milieu forestier s'impatiente, a commenté M. Généreux, en point de presse, reprochant au gouvernement de ne pas avoir encore de plan de match par rapport à ce secteur d'activité névralgique pour l'économie du Québec.

Le gouvernement doit allonger les dollars pour aider l'industrie à se refinancer, et aussi en parallèle adopter un ensemble de mesures pour rassurer les entreprises quant à l'avenir de ce secteur au Québec, a fait valoir M. Généreux.

«On n'a pas l'ensemble du plan de match devant nous, et (c'est ce) qui crée l'insécurité dans laquelle on est», a-t-il déploré.

Les mesures déjà annoncées par Québec au cours des ans sont adoptées à la pièce, sans vision globale, et en conséquence «c'est souvent reçu comme des messages d'un désinvestissement, voire d'un désintérêt en regard de l'industrie forestière».

De son côté, Mme Marois a dit qu'un gouvernement péquiste adopterait une charte du bois favorisant la deuxième et la troisième transformation de la matière ligneuse, et verrait à inclure davantage de bois comme matériau de base des édifices gouvernementaux. Il instaurerait aussi un régime d'épargne forestier.

Questionné en Chambre par Mme Marois, le premier ministre Jean Charest est passé à l'attaque: «En 2002, le Vérificateur général du Québec dénonçait la gestion de la forêt de son gouvernement et de la chef de l'opposition officielle», a-t-il dit, rappelant que la crise forestière était mondiale.

En point de presse, le ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard, a accusé Mme Marois d'avoir «dilapidé la forêt et on voit aujourd'hui ce que cela a donné».

«Elle vire dans le même bateau. Il faut qu'elle en sorte», selon le ministre qui privilégie la recherche d'investisseurs «qui vont aller vers de nouveaux produits, de nouvelles technologies».