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18/02/2012 06:27 EST | Actualisé 19/04/2012 05:12 EDT

Le Russe ne deviendra pas la deuxième langue officielle de la Lettonie

RIGA, Lettonie - Les électeurs lettons ont fortement rejeté une proposition visant à accorder un statut officiel à la langue russe, la langue maternelle des ancients occupants soviétiques.

Près du tiers des 2,1 millions d'habitants de ce pays balte considère le russe comme leur langue maternelle. Plusieurs d'entre eux affirment que le fait d'accorder un statut officiel au russe dans la constitution nationale viendrait renverser ce qu'ils estiments être 20 ans de discrimination.

Selon un citoyen, la société lettone est divisée en deux classes, l'une possédant tous les droits, et l'autre voyant ses droits brimés. Ce citoyen ajoute que la moitié parlant letton a toujours perçu la moitié russophone comme étant coupable, et ceux-ci doivent prouver quelque chose qu'ils n'ont pas à prouver.

Avec plus de 93 pour cent des bulletins dépouillés samedi, 75 pour cent des électeurs ont dit être contre la reconnaissance du russe comme langue nationale, selon les résultats de la Commission électorale centrale.

Cependant, au Latgale, une région de l'est du pays qui chevauche la frontière de la Russie, une majorité d'électeurs a approuvé un changement de la constitution pour faire du russe une langue nationale. La région est la plus pauvre de la Lettonie et réunit un fort pourcentage de citoyens d'origine russe et de représentants d'autres minorités.

La question a fait bondir le taux de participation, celui-ci grimpant au-delà de 70 pour cent, soit beaucoup plus que lors des élections et référendums précédents. De longues files étaient aperçues devant plusieurs bureaux de vote en Lettonie et à l'étranger. Des électeurs à Londres faisaient état d'une attente de trois heures.

Pour les Lettons d'origine, le référendum est une tentative de grever l'indépendance du pays, qui a été restaurée il y a deux décennies après un demi-siècle d'occupation par l'Union soviétique à la suite de la Deuxième Guerre mondiale.

Plusieurs considèrent le russe, la langue principale de l'Union soviétique, comme l'idiome des anciens occupants. Ces mêmes personnes font très peu confiance à la Russie, et craignent que Moscou tente d'accroître son influence en Lettonie via la minorité russophone.

Les Lettons d'origine russe et les autres minorités ayant organisé le référendum ont admis qu'ils n'avaient virtuellement aucune chance de remporter leur pari, qui impliquerait que la moitié des électeurs inscrits, soit 770 000 personnes, se prononcent en faveur de la proposition.

Ils espéraient toutefois qu'un appui fort envers la proposition forcerait le gouvernement letton de centre-droit à entamer un dialogue avec les minorités nationales qui, en 20 ans, n'ont jamais réussi à faire entrer l'un de leurs partis au gouvernement.

Des centaines de milliers de Russes, Biélorusses et Ukrainiens se sont installés en Lettonie et dans les républiques baltes voisines lors des transferts de population sous le régime soviétique. Plusieurs d'entre eux n'ont jamais appris le letton, et n'ont pas eu droit à la citoyenneté lorsque la Lettonie est redevenue indépendante, ce qui les empêche d'obtenir le droit de vote ou de travailler dans la fonction publique.

Selon la loi actuelle, toute personne s'étant installée en Lettonie lors de l'occupation soviétique, ou née de parents s'étant eux-mêmes installés au pays de cette façon, est considérée comme un non-citoyen et doit réussir un examen sur la langue lettone pour obtenir sa citoyenneté.

Il existe actuellement près de 300 000 de ces non-citoyens dans le pays.

Politiciens et analystes s'entendent sur le fait que le référendum accroîtra les divisions dans la société et pourrait mener à de nouvelles tentatives référendaires pour modifier la constitution lettone en faveur des minorités.