Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Éthique et culture religieuse: les parents jugent la décision peu démocratique

(Radio-Canada.ca)

Le couple de Drummondville qui réclamait une exemption pour ses enfants du cours d'éthique et culture religieuse (ECR) a exprimé sa déception après avoir été débouté par la Cour suprême. Le jugement a par ailleurs été accueilli avec satisfaction par Québec.

Au cours d'un point de presse donné à l'issue de la décision, la mère de Drummondville a déploré que le plus haut tribunal du pays ait conclu qu'elle et son mari n'avaient pas fait la preuve que le programme portait atteinte à leur liberté de religion et qu'il n'y avait donc pas lieu d'en exempter leurs enfants.

« Pour moi, c'est très grave, décevant et peu démocratique de ne pas pouvoir soustraire mes enfants de ce cours », a réagi la mère, identifiée seulement comme « Mme S.L. » afin de préserver l'anonymat de ses enfants.

« Je suis pour l'ouverture aux autres et à la connaissance des phénomènes de diverses religions », a-t-elle tenu à dire, rappelant qu'elle ne réclamait pas l'abolition du programme, mais bien « un bien petit accommodement ».

Dans mon enfance, a-t-elle affirmé, les athées et les témoins de Jéhovah avaient, eux, obtenu le droit de ne pas assister au cours de catéchèse.

La mère a affirmé ne pas être « contre les objectifs apparents et prôné de ce cour, mais contre la façon dont le cours est donné ».

Malgré sa déception, la mère n'en a pas moins terminé le point de presse sur une note d'humour. « Je me console en me disant que "Dieu réunit ceux qui s'aiment" », a-t-elle dit, évoquant la controverse soulevée plus tôt cette semaine par un enseignant de Sorel-Tracy qui a décidé de censurer la chanson L'Hymne à l'amour d'Édith Piaf de manière à y occulter une référence à Dieu.

Présent à ses côtés, l'avocat qui représentait les parents, Me Mark Phillips, a répété que le programme équivalait à « une sorte d'endoctrinement ». Il a cependant souligné l'« analyse plus fine de la situation » faite par les deux magistrats qui ont émis des réserves.

Les juges LeBel et Fish, a souligné Me Phillips, « concluent en insistant sur le fait qu'à l'avenir, il ne peut être exclu que la mise en application du programme ECR puisse porter atteinte à des droits fondamentaux ». Évoquant un « match nul », il a indiqué que « ce dossier n'exclut aucunement une nouvelle contestation, qui, elle, serait couronnée de succès ».

Un jugement accueilli avec satisfaction à Québec

La ministre de l'Éducation Line Beauchamp a rapidement fait savoir qu'elle est « très satisfaite » de ce jugement « extrêmement important ».

« Les juges ont reconnu qu'on donnait un ensemble de connaissances sur un ensemble de religions, et que ça n'est pas de l'endoctrinement. Ça, c'est plutôt apprendre à vivre ensemble et apprendre aussi comment ces religions - notamment la religion catholique, la religion protestante - [ont] participé à développer la culture québécoise », dit le ministre.

Selon la ministre Beauchamp, le cours d'éthique et culture religieuse « incite à la tolérance et à une meilleure connaissance de l'autre », et « donne des enseignements pour qu'on soit capable de reconnaître l'importance de la religion dans notre société ».

De son côté, le Parti québécois se réjouit de ce jugement, mais estime que le gouvernement doit rendre des comptes.

« Bien qu'il soit rassurant que le principe de déconfessionnalisation des écoles soit maintenu dans ce jugement, il n'en demeure pas moins que le contenu du cours et la façon dont il est enseigné suscitent beaucoup d'interrogations. La ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, a l'obligation de nous en faire le bilan et de procéder à des ajustements », a dit le député de Jonquière et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation primaire et secondaire, Sylvain Gaudreault, par voie de communiqué.

M. Gaudreault estime que depuis trois ans on assiste à une « dérive des objectifs initiaux de ce cours ».

Éric Caire, député de la Coalition avenir Québec (CAQ), a pour sa part affirmé que son parti accueillait favorablement la décision de la Cour suprême. Il estime qu'elle donne un éclairage juridique sans équivoque.

En revanche, il estime que le débat de société sur l'enseignement de la religion à l'école reste entier. Les initiatives du gouvernement pour essayer d'évacuer ce débat n'ont pas donné de résultat, a-t-il dit.

La CAQ s'exprimera sur cette question prochainement afin de « favoriser le débat », a-t-il ajouté, soulignant que le débat doit déterminer « l'espace de l'enseignement de la religion à l'école ».

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.