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16/02/2012 04:16 EST | Actualisé 16/02/2012 05:03 EST

Séparée: dans son dernier livre, le sociologue François de Singly s'interroge sur le couple

Editions Armand Colin

Déçus par vos amours? Mais qu'est-ce qui ne va pas? Devant les niveaux élevés de séparation de couples, le sociologue François de Singly a décidé d'enquêter et fournit des pistes de réponses dans Séparée, son plus récent livre sur la question. Le Huffington Post Québec a débroussaillé la question avec lui lors d'un entretien téléphonique.

Avec son équipe, il a étudié le phénomène pendant une dizaine d'années à l'aide d'entretiens avec des hommes et des femmes pour en savoir plus sur leurs motivations à être en couple et à mettre fin à une relation amoureuse. À quoi ça sert, un conjoint? Qu'est-ce qu'on attend d'une relation amoureuse au 21e siècle?

Il en ressort que les femmes n'attendent pas la même chose de leur partenaire. Et si cet essai peut être instructif pour les deux partis, Séparée décortique davantage le cheminement et la vision des femmes, qui seraient plus souvent celles qui initient une séparation.

«Ça peut paraître schématique, (...) mais les hommes ont une conception plus cloisonnée de l'existence.», nous explique François de Singly en entrevue. Par exemple, beaucoup d'hommes n'éprouvent pas le besoin de raconter leur journée, ni d'écouter celle de l'autre. Le boulot, c'est le boulot, la maison, c'est la maison. Il y a les collègues d'un côté, l'épouse de l'autre, parfois, la maîtresse. Des univers parallèles qui ne se mélangent pas.

La femme demanderait plutôt à son homme de devenir un compagnon de route. Quelqu'un qui la voit sous toutes ses facettes. Pas seulement dans un rôle d'épouse ou de mère, mais bien comme un être à part entière qui se développe, s'épanouit, dans toutes les sphères de sa vie. Elle veut que son amoureux soit, en quelque sorte, un miroir, et prenne le temps de voir en elle cette personne en évolution, d'en être le témoin.

Séparée inclut des extraits d'entrevues qui illustrent différents cas de figure. Plusieurs types de femmes s'en dégagent, allant de celle qui s'est trop sacrifiée pour son couple (sans trouver la réciproque) à celle qui priorise son épanouissement personnel (et met fin à son couple lorsqu'il devient une barrière à son développement), mais elles ont toutes un point commun, selon les recherches du sociologue. Pour elles, «je t'aime» veut dire «aide-moi à me construire moi-même.» Par là, elles n'appellent pas au paternalisme, précise François de Singly. Elles veulent plutôt un accompagnement, un soutien.

L'individu dans le temps

Difficile de savoir avec précision ce qui influence l'évolution des comportements relationnels, mais chose certaine, l'individualité est devenue une valeur importante dans le monde contemporain. Les gens ne veulent plus être identifiés seulement à un rôle (père, épouse, fille de), mais bien être vus pour eux-mêmes, dans toutes leurs dimensions. Et dans l'Histoire, l'homme a acquis le droit d'être un individu avant la femme.

«Pour moi, continue François de Singly, si on regarde l'Histoire de la famille en Occident, à un moment de l'Histoire, il y avait un personnage qui était déjà un individu (qui avait le droit de vote, entre autres) et il y avait des personnes considérées mineures (femmes et enfants), même au niveau juridique.» L'homme y a trouvé davantage son compte que la femme, pouvant être père et époux à la maison, amant ou patron ailleurs, prenant avantage d'une vie cloisonnée.

Quand les femmes ont commencé aussi à s'émanciper, elles l'ont fait sans adopter le modèle masculin, sans séparer leur vie en compartiments. «Elles exigent autre chose du couple. Les hommes ont suivi mais sans bien comprendre, sans se convertir, disons. Ils n'ont pas fait cette évolution de leur côté. Ce n'est pas que les hommes soient plus insupportables qu'avant, nous dit le sociologue, mais ils ne sont pas présents pour accompagner la femme.»

Mars et Vénus peuvent-ils se rapprocher?

Les taux de séparation, en tenant compte de la durée de vie conjugale, s'en vont en augmentant, et ce serait encore plus élevé au Québec qu'en France, selon François de Singly. Avec la montée des individualités et de l'émancipation féminine, les femmes attendent davantage du couple et de l'homme qui les aime, et ne l'obtiennent pas. C'est ce que viennent appuyer les entretiens de ce livre.

Pour obtenir un rapprochement, le sociologue suggère que, de leur côté, les femmes apprennent à fragmenter leur vie un peu plus. Compter sur une amie pour les confidences et pour obtenir un autre regard sur elles-mêmes, par exemple. «Certaines le font déjà. Il ne faut pas espérer combler tous ses besoins seulement avec un conjoint.»

Les hommes, eux, auraient avantage à avoir «une identité plus réflexive», autrement dit à plus d'introspection. «Ils pourraient lire davantage de romans et de magazines de psycho!», propose François de Singly, en plaisantant à demi. «Les sociologues ont travaillé sur l'histoire de l'amour, et le fait de vouloir être reconnu comme personne, continue-t-il plus sérieusement. Mais on ne sait pas bien comment les hommes développent leur identité à travers la sphère privée. Peu d'études ont été faites sur ce sujet.» Ah, l'homme, ce grand mystère...

Séparée, vivre l'expérience de la rupture

François de Singly

Editions Armand Colin