NOUVELLES
07/02/2012 13:44 EST | Actualisé 08/04/2012 01:12 EDT

Robert Malley estime qu'il est dangereux de comparer l'Iran à l'Allemagne nazie

OTTAWA - L'homme de confiance de Bill Clinton pour son initiative de paix au Moyen-Orient estime que la comparaison entre la situation actuelle en Iran et l'Allemagne nazie est exagérée et nuisible alors que la situation peut rapidement s'envenimer.

Robert Malley, le directeur du programme Moyen-Orient à l'International Crisis Group, a fait cette déclaration lors d'une entrevue avec La Presse Canadienne mardi, quelques jours après que le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Baird, eut émis une telle comparaison.

M. Malley a affirmé avoir entendu des politiciens de son pays comparer l'Iran à l'Allemagne des années 30, mais a dit ne pas savoir ce qui a été dit au Canada.

M. Malley est un ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis dans l'administration de Bill Clinton, qu'il a aidé à définir un accord de paix pour la Cisjordanie, rejeté à la dernière minute par l'ancien leader de l'autorité palestinienne, Yasser Arafat, en 2000.

Depuis une dizaine d'années, il est l'analyste principal sur le Moyen-Orient du prestigieux organisme non-gouvernemental International Crisis Group.

M. Malley a commenté les possibles menaces posées par les ambitions nucléaires de l'Iran après un discours portant sur les transitions tumulteuses au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, prononcé mardi au Centre de recherches pour le développement international, à Ottawa.

Il s'exprimait deux jours après que le ministre Baird eut évoqué, sur les ondes du réseau CTV, l'Holocauste pour défendre la possibilité qu'Israël intente des actions militaires contre l'Iran.

M. Baird avait laissé entendre qu'Israël avait toutes les raisons de se sentir menacé en raison de récents commentaires du leader suprême de l'Iran, qui a affirmé qu'il voulait éliminer un «cancer» du Moyen-Orient.

«Évidemment, vous pouvez comprendre pourquoi les Juifs et Israël peuvent le prendre au sérieux», a lancé M. Baird lors de cette entrevue menée à partir d'Israël où il terminait une visite officielle. «Hitler a écrit «Mein Kampf» («Mon combat») plus de dix ans avant de devenir chancelier d'Allemagne. Ils prennent ce sujet très au sérieux ici.»

M. Malley a affirmé que la rhétorique sur l'Iran a été «exagérée des deux côtés». Mais il a reconnu que les propos de l'Iran sont «moralement plus choquants.»

En travaillant pour M. Clinton, Robert Malley a dit avoir réalisé que les gouvernements peuvent faire face à des critiques féroces pour ne pas s'être prononcés assez durement contre des ennemis.

Mais il est possible d'aller trop loin, spécialement dans le cas de l'Iran, où les enjeux sont très élevés.

«Je ne sais pas à quel ça point ça aide de grossir les ennemis, les ennemis de l'Occident, de leur attribuer plus de puissance qu'ils en ont. Les États-Unis l'ont fait avec Saddam Hussein», a illustré M. Malley.